Carlisme

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Carlisme

L’Espagne a connu une histoire monarchique assez tourmentée depuis le début du XIXème siècle. En 1808, le roi Charles IV (1718-1819) abdique en faveur de son fils, Ferdinand VII (1784-1833), puis sous la pression de la France remet sa couronne à Napoléon Ier qui l’offre en juin 1808 à son frère Joseph Bonaparte (1768-1844). Une terrible guerre de cinq années entre Français et Espagnols s’ensuit et aboutit finalement à la restauration de Ferdinand VII (1813).

drapeau carliste

"Le carlisme a agité l’histoire espagnole du XIXème siècle, notamment avec trois guerres civiles : les guerres carlistes. Malgré les nombreux échecs essuyés, le carlisme n’a jamais renoncé à ses prétentions au trône. C’est d’ailleurs un mouvement encore présent de nos jours sur la scène politique espagnole. On constate que les carlistes sont des acteurs essentiels sur la question de l’orientation politique de l’Espagne. Cet aspect prend forme dans le passage d’une querelle dynastique à une revendication idéologique, puis continue dans une guerre contre le libéralisme. Enfin, le mouvement s’essouffle dans les soubresauts et les désillusions".

La naissance de la revendication carliste

Rétabli dans ses fonctions, Ferdinand VII, s’empresse d’annuler la constitution libérale mise en place par Joseph Bonaparte (7 mars 1812) et rétablit la monarchie absolue et l’inquisition. Une insurrection éclate et aidé de certains régiments militaires, les libéraux forcent en 1820 Ferdinand VII à restaurer la constitution libérale. Il faudra l’intervention des « 100 000 fils de Saint Louis » venus de France (en fait 30000 hommes envoyés par Louis XVIII de Bourbon pour que Ferdinand VII soit de nouveau rétablis dans ses droits en 1823. Répressif, le régime monarchique espagnol va se radoucir les 3 années suivantes et Ferdinand VII se met à hésiter sur la politique à adopter pour l’Espagne. Tantôt, il se rapproche des libéraux, tantôt , il suit les conseils de son frère Charles (Don Carlos) qui incarne l’aile conservatrice de la famille royale.

La santé du Roi décline et la question de sa succession agite Madrid. Marié et veuf 3 fois de suite, le Roi n’a pas d’enfants. Son frère Charles est de fait le successeur direct du Roi. C’est sans compter la Princesse Louis-Charlotte de Bourbon Deux-Siciles, épouse du Prince François de Paule de Bourbon qui organise le mariage de Ferdinand VII avec la Princesse Marie-Christine de Bourbon-Deux-Siciles, à peine âgée de 23 ans.

Ferdinand VII d'Espagne

A sa mort le 29 septembre en 1833, au mépris de la loi semi-salique promulguée en 1713, la couronne est donnée à sa fille Isabelle II âgée de trois ans.

Charles (Don Carlos V 1788-1855), frère puîné de Ferdinand VII, refuse de se voir ainsi dépossédé et appelle ses partisans (les carlistes) aux armes déclenchant une guerre civile qui durera jusqu’en 1839. Au- delà de la simple querelle dynastique, ce conflit est une véritable lutte politique : les carlistes sont traditionalistes, ruraux, populaires et attachés aux libertés locales (les fueros-chartes garantissant les privilèges et les libertés d’une ville ou d’une province) tandis que leurs adversaires (les « isabelitos ») sont libéraux, urbains et centralisateurs. "Les carlistes se font alors les porte-parole du particularisme régional. La paysannerie se tourne vers les ultras, à travers les carlistes, car non seulement ils ne veulent pas perdre les avantages que leur assurent les fueros, mais ils ne veulent pas non plus êtres transformés en castillans. C’est le premier pas vers le séparatisme régional, qui se réalise par le bais des carlistes"

Libéraux et conservateurs carlistes avaient tenté de négocier le mariage de la petite infante Isabelle avec le fils de Don Carlos, Charles né en 1818, mais le frère de Ferdinand VII avait refusé catégoriquement de renoncer au trône.


Une guerre contre le libéralisme (1830-1840)

  • A. Une adhésion de masse

- La première guerre carliste n’est pas une révolte concernant uniquement les élites traditionnelles. Le carlisme, et c’est un aspect de son originalité, a capté une population qui s’est retrouvée en voie de prolétarisation : la petite et moyenne paysannerie, ainsi que les pauvres de manière plus générale. Ce sont les victimes des transformations économiques et sociales liées à la modernisation, auxquelles s’ajoutent les hobereaux et l’ordre religieux (mais celui-ci se fait plus discret).

- En effet, les mesures des libéraux ne profitent pas du tout aux paysans. Par exemple, la vente des biens de l’Eglise en 1836 profite surtout à l’oligarchie et à la bourgeoisie. Si l’on ajoute à cela les impôts qui augmentent et la conscription qui touche les plus pauvres (pour être exempté, il faut payer une grosse somme en une fois), ces personnes ont l’impression que l’on s’acharne sur eux. - Les carlistes ont facilement pu les rallier en déclarant protéger les fueros, le droit coutumier et la religion. Ce sont en effet les structures traditionnelles d’un passé qui rassure. Il s’agit donc d’ une réaction sociale.

cavalier carlistes
  • B. L’installation d’un contre-état carliste

- Celui-ci s’installe au Nord, Nord-est de l’Espagne, là où se trouve la zone d’influence des carlistes. Ce sont en effet principalement des régions de petites et moyennes propriétés avec un fonctionnement communautaire d’Ancien Régime. Il s’agit surtout des provinces Basque et de Navarre. Cependant, les villes principales échappent à l’influence carliste. Par exemple, Bilbao, dont les carlistes ont voulu faire leur capitale, et dont ils ont fait le siège de 1835 à 1836, sans succès.

- Les carlistes ont le soutien des légitimistes français, avec lesquels on trouve de fortes ressemblances (monarchistes réactionnaires). Ceux-ci envoient des troupes volontaires en Espagne pour soutenir l’action des carlistes.

  • C. Le problème des combats

- La méthode de combat adoptée est celle de la guérilla. La plupart de combattants sont des volontaires, donc des amateurs. Ils ne peuvent faire le poids face à une armée professionnelle et organisée. Même si les soldats ne sont pas motivés (à cause de la conscription), il leur est impossible de gagner. Les combattants carlistes ne peuvent plus espérer étendre la guerre au reste de l’Espagne. Ils remportent quand même quelques victoires locales qui démoralisent l’adversaire (sont alors menées des exécutions pour l’exemple), mais cela ne suffit pas.

- Ces combats donnent une mauvaise image de l’Espagne. Elle apparaît aux yeux des autres pays comme barbare, cruelle, fière, dominée par un instinct primitif qui en fait un pays non civilisé. En effet, la guérilla a amené de nombreux actes de cruauté (comme incendier des villages entiers). - Cette guerre carliste a provoqué de nouvelles destructions après la guerre d’indépendance, et cela a retardé la reconstruction économique du pays.

La guerre se termine sur un compromis secret entre les deux parties (il implique l’intégration des combattants carlistes dans l’armée et de vagues assurances sur les fueros (qui en réalité ne valent rien)). Ceux qui n’ont pas été amnistiés se réfugient en France par centaines.

Historique de la Première Guerre carliste

Le carlisme est un mouvement politique né suite à la promulgation d'une loi de 1789 relative à "l'abolition" de la loi salique par Ferdinand VII, peu avant son décès. La loi salique ne permettait pas aux femmes l'accès à la couronne, mais n'empêchait néanmoins pas la transmission des droits de succession par voie féminine. Veuf pour la troisième fois, sans descendance, le roi Ferdinand se marie donc pour la quatrième fois avec Marie-Christine de Bourbon-Deux-Siciles (1806-1878), mais il a déjà désigné comme successeur son frère cadet Charles de Bourbon. Or, vers la fin du mois de mars 1830, la Reine Marie-Christine est enceinte. Le roi, constatant l'impossibilité d'avoir un fils héritier, adopte une résolution qui donnera lieu à trois guerres civiles (guerres carlistes) durant le XIXe siècle.

Don Carlos V

Le 31 mars 1830 Ferdinand VII promulgue laPragmatique sanction en essayant de publier un accord datant du 30 septembre 1789, temps de son père {{Charles IV]], lequel n'avait pu le rendre effectif dû à l'absence de mandat imperatif de la part des Cortes ainsi que pour des raisons de politiques extérieures. Cette loi jusque- là inopérante établissait que, si le roi n'avait pas d'héritier mâle, la fille la plus âgée deviendrait l'héritière, abolissant de fait la loi salique importée de France par Philippe V (premier roi Bourbon d'Espagne), et rétablissant ainsi la tradition monarchique ancienne.

En pratique, ceci excluait Charles de la succession aussi longtemps qu'un autre enfant ne naîtrait en tant qu'héritier direct du roi. Le 10 octobre 1830 naît cependant la future Isabelle II, qui est proclamée héritière officielle, ce qui engendre un malaise profond parmi les partisans de Charles rassemblés dans leur grande majorité, dans la noblesse espagnole.

13000 carlistes (Requetès reconnaissables à leur béret rouge) sous la conduite du Général Tomás de Zumalacárregui y de Imaz (1788-1835) vont affronter l’armée espagnole qui dès le départ subit défaites sur défaites (avril à octobre 1834). Bien que la France de Louis- Philippe Ier d’Orléans et le Portugal apportent leur soutien politique à Isabelle II et sa mère la Régente Marie-Christine de Bourbon-Deux-Siciles, c’est le Royaume –uni qui fournira des troupes auxiliaires (2500 hommes) aux Isabelitos avant que la monarchie de Juillet ne consente à envoyer sa Légion étrangère (7700 soldats) aider militairement la Reine d’Espagne (pacte de la Quadruple alliance en avril 1834)

De son côté, les carlistes reçurent le soutien naturel des légitimistes portugais (4000), acquis à la cause dynastique de Dom Miguel Ier de Bragance et quelques 250 légitimistes français. En débarquant en Espagne peu après la signature du pacte de la Quadruple alliance, c’est le Nord de l’Espagne qui se soulève (dont le pays Basque). Mais la guerre va ruiner les caisses de Don Carlos et ses créanciers lui imposent de prendre une ville importante afin d’obtenir de nouveaux crédits. Les carlistes mettent le siège devant Bilbao en avril 1835 mais c’est un échec qui coutera la vie au Général Tomás de Zumalacárregui y de Imaz (juin 1835). C’est le Général Rafael Maroto (1785-1853) qui prend la direction militaire des armées carlistes. C’est un héros de la guerre d’indépendance de 1808 et de la cause royaliste en Amérique latine où il se distinguera. Don Carlos, devenu le Roi Carlos V pour ses partisans, lui accorde toute sa confiance bien que son état- major n’eut pas le même point de vue que son souverain.

Première guerre carliste

La monarchie espagnole n’en ressort pas pour autant grandie. La Régente a épousé secrètement son amant, Fernando Munoz, et se retrouvé déjà enceinte des œuvres, les ordres religieux dissous, la France manœuvre politiquement pour influencer le mariage de la Reine Isabelle II tandis que la Princesse Louise-Charlotte de Bourbon-Deux-Siciles (1804-1844), épouse de l’Infant François de Paule de Bourbon, complote pour que l’un de ses fils épouse la Reine d’Espagne. Enfin en août 1836, une insurrection de l’armée (la Sargentada) imposera à l’Espagne de nouveau la remise en place de la constitution de 1812.

En février 1837, Don Carlos conduit son armée vers Madrid avant de renoncer de son emparer (bataille d’Aranzueque.). Les affrontements continuent et tournent à l’avantage de l’armée espagnole (défaite de Maella en 1838). Des dissensions éclatent au sein de l’armée carliste et le Général Rafael Maroto échappera à une tentative d’assassinat (le 18 février 1839, plusieurs officiers carlistes seront exécutés).

Dès 1839, Don Carlos passe la frontière française et laisse ses partisans continuer la lutte en Catalogne et dans le pays Basque. Le 31 août, affaibli, les carlistes du Général Rafael Maroto acceptent de signer la Convention de Vergara qui mettra fin à la première guerre carliste.

Acquis à la cause carliste mais peu enclin aux hostilités militaires, un parti dit des marotistas appela dès 1839 à la fin des hostilités. Encore aujourd’hui, certains carlistes accusent le Général Maroto de trahison.

Les soubresauts et les désillusions (1840-1876)

  • A. Un espoir de résolution du conflit

- La question de la succession aurait pu se résoudre lors du mariage d’Isabelle II. Les carlistes attendaient un mariage avec le compte de Montemolín, le successeur de don Carlos. Mais elle se marie avec François d’Assise, et l’espoir des carlistes est déçu.

- C’est ainsi que se déclenche la seconde guerre carliste. Les partisans reprennent les armes, mais avec moins d’intensité que la première fois. Ils sont donc plus facilement repoussés.

- C’est à cette époque, dans les années 1840-1850, que l’ont assiste à une tentative de création d’une histoire nationale. Mais si celle-ci essaie d’englober la plus grande partie de la population, elle condamne toute forme de fanatisme. Cette proximité du rationalisme des Lumières que les carlistes considèrent comme contraire à l’ordre voulu par Dieu les empêche de se sentir intégrés à cette histoire nationale.

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  • B. Un second espoir brisé

- En 1868, c’est la chute et l’exil d’Isabelle (la mal aimée). Cela fait espérer aux carlistes qu’ils pourront prendre le pouvoir par la voie légale. Ils font des efforts dans ce sens : propagande, députés aux Cortes… Mais même si la monarchie est maintenue, c’est Amédée Ier qui est élu roi d’Espagne. Alors même qu’il ne connait rien à l’Espagne : il ne parle même pas espagnol (il est italien).

- Les carlistes décident alors de reprendre les armes, suite à l’appel à la guérilla du fils du comte de Montemolín (qui s’appelle Carlos lui aussi). Amédée Ier se retire assez rapidement, mais ce n’est toujours pas en faveur des carlistes. Cette fois-ci, c’est la République qui est proclamée, et ce à forte majorité (du sénat et des congrès de députés). C’est donc contre la République qu’ils lutteront à présent (cela participe aux divisions internes du pays).

- Quand Amédée Ier abdique, une armée régulière carliste se constitue, et un embryon d’Etat carliste se met en place avec Estella pour siège. Une nouvelle fois, le mouvement ne s’étend pas aux grandes villes. Les carlistes assiègent une nouvelle fois Bilbao (1873-1874), car c’est une ville libérale en territoire carliste. La restauration des Bourbons en 1875 met fin à la sécession carliste. En effet, c’est à nouveau un régime conservateur qui est en place, et cela rassure. Lorsqu’Estella tombe en 1876, c’est vraiment la fin. Le prétendant carliste se réfugie en France.

Amédée Ier de Savoie
  • C. Le problème de la légitimité

- Un des problèmes majeurs des carlistes réside dans le fait que la légalité est du côté des libéraux. Les légitimistes sont considérés comme des rebelles. C’est un problème pour deux raisons :

- d’abord, l’armée est composée de volontaires. Son efficacité est donc moindre. C’est d’ailleurs pour cela qu’ils livrent peu de batailles rangées (les deux sièges de Bilbao) et usent de la tactique de la guérilla. De plus, ils ne peuvent pas financer leur armée sans revenus.

- ensuite, c’est l’Etat légal qui a l’appui des puissances européennes. Pendant la première guerre carliste, ils sont soutenus par les légitimistes français, mais pas beaucoup plus, et ça n’est pas suffisant. A l’inverse, Louis-Philipe a apporté son soutien à la régente par l’envoie d’un corps expéditionnaire de 4000 hommes (en 1835).

Historique de la Seconde Guerre carliste

Son fils, prénommé lui aussi Charles, et proclamé roi par les carlistes sous le nom de Charles VI (Don Carlos VI), déclenche une nouvelle guerre dynastique de 1845 à 1849.

Lorsque Don Carlos V abdique de ses droits au trône espagnol en 1845, son fils reprend le flambeau de la lutte carliste. L’Espagne est toujours en proie à l’agitation politique. A la fin de la première guerre carliste, c’est le Général libéral Espartero (1793-1879) qui s’empare du pouvoir (abdication de la Régente en octobre 1840). Alors que la jeune Reine Isabelle II découvre les joies de la féminité, les tentatives de coups d’états se multiplient avant que finalement Espartero soit destitué en juillet 1843. On s’empresse de proclamer la fin de la Régence (malgré le rappel de Marie-Christine de Bourbon-Deux-Siciles et la majorité de la Reine. La France intervient dans la politique espagnole et après avoir écarté le fils de Don Carlos V (qu’Isabelle II avait qualifié de « bigleux »), elle négocie le mariage de la Reine avec son cousin, l’Infant François d’Assise, peu porté sur les charmes de la gente féminine. Quant au Premier ministre, le Général Manuel Ramon Narvaez (1800-1868), il préférait nettement la candidature du Prince Léopold de Saxe-Cobourg-Gotha. Du côté carliste, on s’agace de l’anarchie politique qui règne en Espagne d’autant que le mariage entre Isabelle II et François d’Assise (1846) est un désastre dès le début. Retiré des affaires politiques en 1845, le Général Manuel Ramon Narvaez revient aux affaires en 1847. En Septembre 1846, une insurrection carliste éclate (guerre des Madrugadores). Officiellement, les carlistes s’étaient soulevés pour forcer Isabelle II à épouser le Prince et Comte de Montemolin , Charles de Bourbon ( auto-proclamé Carlos VI). Le conflit sera mineur (principalement en catalogne) et se terminera en 1849 sans que les carlistes n’aient pu s’imposer.

Carlos VI

Pourtant 10 000 carlistes armés dirigés par les Généraux Ramon Cabrera (1806-1877) et Rafael Tristany (1814-1899) avaient tenté de battre l’armée espagnole. Malgré les prises des villes de de Sallent y Berga et de Prades, les carlistes n’avaient pu marcher jusqu’à Madrid, également secouée en 1848 par des tentatives d’insurrections armées militaires et républicaines. La monarchie espagnole d’Isabelle II combattait sur 3 fronts en même temps. L’Ambassadeur du Royaume –Uni avait été expulsé d’Espagne, suspecté d’avoir aidé financièrement certains insurgés. Furieux, les britanniques avaient proposé leur aide financière à Don Carlos VI, devenu le seul à pouvoir rétablir l’ordre en Espagne. Mais le peu d’argent versé n’avait pu aider la cause carliste.

Une amnistie promulguée par Isabelle II met fin à la seconde guerre carliste durant l’Eté 1849. L’Espagne quant à elle s’enfonce dans une rivalité politique entre les Généraux Narvaez et Léopoldo O’Donnel (1809-1867) qui se renversent mutuellement.

Historique de la Troisième Guerre carliste

Isabelle II

En juillet 1869, les Généraux Serrano (1810-1885) et Juan Prim soulèvent leurs garnisons avec le soutien des Unionistes (bourgeoisie libérale et modérée), les Progressistes (hostiles à Isabelle II) et les Républicains.

Le 28 septembre, les troupes d’Isabelle II sont battus à Alcola et deux jours plus tard la Reine doit abdiquer en faveur de son fils Alphonse XII. Bien que les élections ramènent au parlement une majorité de monarchistes, Isabelle doit quitter son pays pour se réfugier en France (20 octobre). Cette dernière avait pourtant été appelée à l’aide. L’Empereur Napoléon III, sous l’influence de l’ancienne Régente Marie-Christine de Bourbon-Deux-Siciles, avait refusé d’intervenir militairement mais politiquement avait manœuvré pour que le Duc de Montpensier, Antoine Marie d’Orléans (1824-1890) beau –frère de la Reine Isabelle II n’accéda au trône à la suite d’Isabelle II. Ce fils de Louis –Philippe Ier de France avait épousé Louise-Fernande de Bourbon (1832-1897) en 1846 et était connu pour son tempérament comploteur. Le Prince Léopold de Hohenzollern-Sigmaringen se voit proposer la couronne mais la France goute peu à l’idée de voir un allemand à ses portes. Bientôt la guerre contre la Prusse éclatera et mettra fin au régime impérial du Second Empire.

Les militaires offrent alors en 1870 la couronne à Amédée Ier de Savoie, second fils du roi d’Italie Victor-Emmanuel II, tandis que les carlistes, sous la conduite de leur nouveau prétendant Charles VII (Don Carlos VII/Charles XII) Duc de Madrid, se soulèvent à nouveau (1872-1876) et réclament la restauration de la monarchie à leur profit. Le parti républicain influencé par Adolphe Thiers, premier Président de la IIIième République française ont décidé de soutenir le choix du Prince de Savoie. Enfin, le parti alphonsiste reste encore présent et ne désespère pas de restaurer Alphonse XII. C’est le début de la troisième guerre carliste.

Général Serrano

Rapidement, les carlistes vont occuper les 2/3 du pays qui se retrouve avec deux Rois. En Catalogne, la Navarre et dans le Pays Basque, Charles VII a été proclamé Roi d’Espagne à Estella. Le 14 avril 1872, Don Carlos VII appelle publiquement à l’insurrection générale du pays. Le 4 mai, première défaite des carlistes à Oroquieta. L’armée carliste est réorganisée sou la férule du Général Antonio Dorregaray qui monte les effectifs à 50 000 hommes. L’avancée des carlistes vers Madrid provoque la fuite du Roi Amédée Ier de Savoie vers l’Italie (11 février 1873), découragé par la tournure des événements. Les Républicains de Francisco Pi y Margall (1824-1901) s’empare du pouvoir (258 voix contre 32), Carlos VII se considère comme le seul souverain alors que la Reine Isabelle II tente de revenir au pouvoir (s’étant rapproché de la souveraine , Antoine Marie d’Orléans a renoncé au leadership du mouvement de restauration le 18 janvier 1873). Les carlistes s’emparent de la ville d’Eraul en mai 1873. La situation politique se complique avec la Révolution cantonale qui éclate en juillet 1873. Partisan d’un confédéralisme sur le modèle suisse, certains cantons se soulèvent. Cette révolution, qui va inspirer le mouvement anarchiste, est durement réprimée en un mois. La République est vite désavouée, les carlistes continuent leur avancée (Montejurra, Bilbao..), un coup d’état met fin le 3 janvier 1874 à la République espagnole des mains même de celui qui a organisé la répression des cantons (le Général Manuel Pavia, Capitaine-Général de la Nouvelle Castille).

En mai 1874, le conflit tourne à l’avantage des armées républicaines espagnoles du Maréchal Francisco Serrano (1810-1885) qui a pris le pouvoir à Madrid. La perte de Bilbao est durement ressentie. Les carlistes se vengeront en massacrant la ville de Cuenca deux mois plus tard.

Pour Isabelle II, le pronunciamiento de Serrano est une trahison. Celui qui fut son amant et qui renversa en 1841 la Régence puis en 1843 le gouvernement Espartero avait une âme de comploteur. Titré Duc de la Torre, il complote avec Antoine Marie d’Orléans et le Général Prim avant d’être arrêté le 7 juillet 1868. Exil de courte durée car c’est lui qui va provoquer la chute de la monarchie espagnole. Régent , Premir ministre, il accepte la venue d’Amédée de Savoie comme Roi d’Espagne alors qu’il eut préféré le Duc de Montpensier. Devenu Dictateur de la République espagnole, les carlistes restent sa principale menace mais en décembre, le Général Arsenio Martínez-Campos Antón (1831- 1900) met fin à son régime par un putsch.

Carlos VII et ses troupes

Menacé d’arrestation, le Général Campos était un monarchiste convaincu. Avec l’aide de troupes acquises à Alphonse XII, il s’empare de Madrid et convainc le Premier ministre progressiste Práxedes Mateo Sagasta y Escolar d’accepter la restauration de la monarchie le 29 décembre 1874. C’est aussi lui qui prend le commandement de la nouvelle armée royale contre les carlistes avec à ses côtes le Général Primo de Rivera. Le 14 janvier 1875, Alphonse XII débarque en Espagne. Le nouveau souverain manque de peu d’être capturé par les carlistes le 3 février 1875 à Lácar. Dès novembre 1875, le mouvement carliste est obligé de se replier sur le dernier territoire qu’il contrôle, la Navarre. Le 17 février 1876, les carlistes sont battus à Montejurra. 2 jours plus tard, c’est Estella qui tombe et enfin Don Carlos VII qui repasse la frontière française le 28 février.

C’est la fin de la troisième guerre carliste.

Alphonse XII

Alphonse XII épousera le 23 janvier 1878 la Princesse Maria de las Mercedes, fille du Duc de Montpensier et meurt prématurément le 25 novembre 1885. Isabelle II meurt en exil à Epinay le 17 avril 1902. Le carlisme devient désormais une force politique. En 1879, 2 carlistes seront élus aux Cortès.

Les carlistes durant la Guerre civile 1936-1939

En 1931, son fils Alphonse XIII abdique après la victoire remportée par les partis républicains aux élections municipales, et une seconde république est proclamée. La courte victoire du Front Populaire en 1936 et les excès de certains extrémistes de gauche notamment sur la politique anticléricale provoquent une coalition des droites et une nouvelle guerre civile qui permet aux carlistes réunis en une "Communion Traditionaliste" de revenir au premier plan.L'assassinat du monarchiste Calvo Sotelo par des militants républicains le 13 juillet 1936 met le feu aux poudres. Les milices armées carlistes, les Requetès (qui ont participé à la tentative du putsch du général Mola ), s'emparent de la Navarre et permettent au Général Franco de contrôler tout le nord du pays. 6000 d'entre eux rejoignent les nationalistes sous fond de mysticisme religieux. « Dieu, la Patrie et le Roi ! » et « Vive Christ Roi ! » restent leurs cris de ralliement. Ils se distingueront lors du siège de l'Alcázar de Tolède.

les volontaires Requetes

Mais soucieux de contrôler une armée qui pourrait le gêner à l'issue de sa victoire et qui exigeraient un retour à une monarchie conservatrice, Franco décide en avril 1937 leur unification forcée à la Phalange nationalistes de José Antonio Primo de Rivera non sans exiler le leader des carlistes , Fal Conde. La guerre civile se terminera en 1939 par la victoire du général Francisco Franco. (19 juillet-29 septembre 1937)

Charles Maurras et le Carlisme

Charles Maurras, regardera l’Espagne avec sympathie, comme une « sœur latine », espérant « la renaissance de cette grande et noble nation espagnole dont nous avons toujours désiré l’amitié ».La vision maurrassienne de la monarchie correspond tout à fait à celle des carlistes. Maurras l’a définie en une formule devenue célèbre : une monarchie « héréditaire et traditionnelle, antiparlementaire et décentralisée ». L’hérédité est le pivot, et pour ainsi dire la condition, des autres caractéristiques de la monarchie.

Dans le fameux « Discours préliminaire » de son Enquête sur la monarchie, Maurras définit la démocratie comme foncièrement anti-héréditaire : « La loi de la démocratie est d’exclure l’hérédité ; elle se déclare le gouvernement du plus grand nombre : tantôt césarienne ou plébiscitaire, elle est le gouvernement du chef unique élu par ce nombre ; tantôt, républicaine, elle veut être le gouvernement de tous par tous, et elle est en réalité le gouvernement de plusieurs que le nombre est censé avoir choisis. »

La monarchie, elle, vaut d’abord par le principe d’hérédité : « la restauration de la royauté légitime vaut par la promesse d’autorité indépendante, faiseuse d’ordre et de paix, qui est contenue dans la loi qui transmet la souveraineté de mâle en mâle par ordre de primogéniture. Il n’y a presque point d’outrance à dire comme le faisait l’un de nous à des royalistes portugais et hongrois : — Qu’est-ce que la royauté ? L’hérédité de la couronne. Qu’est-ce que l’hérédité ? La loi de succession. »

Pour Maurras, depuis la mort, sans héritier, du comte de Chambord, en 1883, la question dynastique était réglée en France. La famille d’Orléans était devenue la Maison de France et Maurras s’est mis au service des prétendants successifs appartenant à cette branche cadette des Bourbon : Philippe VIII, duc d’Orléans ; Jean III, duc de Guise ; Henri VI, comte de Paris. Maurras se garda de prendre parti publiquement dans la querelle dynastique espagnole. Mais il était trop intéressé par l’Histoire pour ne pas mesurer l’importance du principe incarné par Don Carlos. Il l’a écrit alors qu’Alphonse XIII régnait encore : « dans cette Espagne où le droit de Castille, le droit indigène, fonde la succession en ligne féminine, qui donc fut pendant très longtemps l’unique champion des traditions les plus anciennes et les plus chères du pays, de ses fueros sacrés ? Ce fut l’héritier de la loi salique, le tenant du droit bourbonien ! Ce fut don Carlos ! ».

Maurras jugeait sévèrement la monarchie qui, entre les deux républiques, avait été restaurée. Il estimait que durant les règnes d’Alphonse XII (déc. 1874-1885) et d’Alphonse XIII (1886-1931) « la pauvre Espagne » a été « la victime claire et certaine » d’un régime « dit libéral, en réalité parlementaire », imité de la monarchie anglaise où le roi règne mais ne gouverne pas.

Pourtant, après la révolution de 1931 et l’instauration de la Seconde République espagnole, Maurras plaidera pour le rétablissement de la monarchie en Espagne : « Une Monarchie, seule, est capable d’entreprendre la grande œuvre de restauration de l’Espagne. »

Lors de la guerre civile qui déchira, de façon si sanglante, l’Espagne — entre 1936 et 1939 —, Maurras se rangea d’emblée aux côtés des nationalistes. En 1938, il se rendit en Espagne pour saluer Franco et son combat national contre la Révolution ; c’est, dit-il, le combat de « la civilisation occidentale contre l’anarchie et la barbarie ». Dès cette époque, il espérait que le Caudillo serait le restaurateur de la monarchie en Espagne, comme le fut, en Angleterre, le général Monk, en 1660, après la première révolution anglaise.

Après la mort d’Alfonso Carlos (le 29 septembre 1936), sans descendance mâle directe, la question dynastique en Espagne semblait pouvoir trouver une solution. A quelques semaines de la victoire nationaliste, Maurras espérait une réconciliation entre carlistes et alphonsistes : « l’avenue des bons succès nous semble ouverte par la réconciliation des Carlistes et des Alphonsistes : le droit de Castille et le droit de Bourbon, incarnés au même infant, les conditions politiques semblent d’accord avec la circonstance juridique pour élever, suivant une vieille définition de notre Enquête sur la monarchie, un prince héréditaire, supérieur aux assemblées, mais auprès duquel des assemblées représenteraient les vœux du pays, et qu’on nommerait ainsi un “César avec des fueros“, soit un César sans césarisme, — chef national ne partageant avec personne son autorité, mais dont l’autorité rencontrerait sa limite naturelle dans les “forts“ ou les droits du pays. »

Charles Maurras ne pouvait imaginer que Franco retarderait tant la restauration de la monarchie. Il lui paraissait « exclu » qu’après tant de crises au XIXe et dans le premier tiers du XXe siècle, l’Espagne renoue avec une monarchie de « régime dit libéral, en réalité parlementaire ». C’est pourtant ce qui se passera en 1975.


Le carlisme : un principe, une vision de la société divisée ?

Tout au début du conflit, les carlistes ont perdu leur dernier prétendant, Alphonse-Charles (Charles XII), mort sans postérité, mais qui désigne son neveu, Xavier de Bourbon-Parme comme régent. Très anti-franquiste, Xavier est expulsé d’Espagne par Franco qui appuie les prétentions à la succession carliste de l’archiduc Carlos VIII de Habsbourg, petit-fils par sa mère du prétendant carliste Charles VII ou Charles XI de France.

En 1947, Franco restaure la monarchie mais sans y désigner le futur monarque. Il faudra attendre 1969 pour que Juan Carlos, petit fils d’Alphonse XIII ou Alphonse Ier soit désigné comme héritier. Du côté carliste, Xavier, de régent, devient prétendant carliste sous le nom de Xavier Ier en 1952, suivi de près par Carlos VIII de Habsbourg, qui prend le titre de Charles VIII en 1953 et décède la même année.

Les Requetès

Contestant Juan Carlos dans ses droits d'aîné de la maison de Bourbon, son oncle Jaime (Henri VI- Jacques), qui avait renoncé à ses droits en 1933, les réclame pour son fils Alphonse II, duc de Cadix et son petit fils Luis-Alfonso (Louis XX)… sans grand succès…

En 1975, Franco meurt et Juan Carlos Ier lui succède.

En 1977, Xavier Ier meurt à son tour.

L’héritage carliste doit donc être normalement recueilli par son fils aîné Charles Hugues de Bourbon-Parme. Mais ce dernier avec son Partido Carlista (Parti Carliste) prône une monarchie socialiste, fédéraliste et autogestionnaire ce qui n’est pas du goût des militants traditionnels du carlisme qui lui préfèrent son frère Sixte-Henri de Bourbon-Parme, beaucoup plus à droite. Dès l’année précédente, en 1976, carlistes de gauche et carlistes de droite s’étaient affrontés à l’arme à feu lors du rassemblement carliste de Montejurra en Navarre, faisant deux morts et plusieurs blessés.

Depuis, les uns et les autres se sont calmés et tentent régulièrement leur chance à l’occasion des élections. Mais avec de faibles résultats, même si ces deux carlismes représentent toujours une véritable force militante (12.000 voix à Madrid pour le Parti Carliste et 25.000 voix à Barcelone pour la Communauté Traditionaliste Carliste par exemple lors des dernières élections de mars 2008). Formellement, la CTC n’est pas en faveur de Sixte et ne se prononce officiellement pour aucun prétendant. Officieusement, elle épouse les mêmes thèses et ses liens avec le mouvement de Sixte, la Communauté Traditionaliste (CT) sont réels.

Xavier de Bourbon-Parme

Le carloctavisme

Enfin, les partisans de la lignée issue de Charles de Habsbourg et qui soutiennent son successeur, Domingo de Habsburgo-Toscana y Hohenzollern, sont eux aussi organisés, mais de façon bien plus embryonnaire, au sein d’une Comunión Carloctavista (Communauté « Carlo-huitième ») et d’un Circulo Carlos VIII (Cercle Charles VIII), ces deux groupes ayant fusionné en 2011 pour donner naissance à la Comuniòn Catòlico-Monàrquica (Communauté Catholique Monarchiste).

Liens externes

  • [1] : Avènement d’Isabelle II (Fr.)
  • [2] : Le carlisme espagnol (Site Vivelroy ; Fr.)
  • [3] : Détails de la Première guerre carliste (Angl.)
  • [4] : Les carlistes français (Fr.)
  • [5] : La Légion étrangère dans les guerres carlistes (Angl.)
  • [6] : Détails de la deuxième guerre carliste (Angl.)
  • [7] : Détails de la troisième guerre carliste (Angl.)
  • [8] : Résultats électoraux de 1869 à 1923 en Espagne
  • [9] : Historique du Parti Carliste (Esp.)
  • [10] : La presse carliste (Fr., Angl., Esp.)
  • [11] : Site officiel sur les Requetes (Esp.)
  • [12] : Dossier de La Toile sur le carlisme (2009)
  • [13] : Maurras et le carlisme(Fr.)

Bibliographie

  • Banderas blancas, boinas rojas: Una historia política del carlismo, 1876-1939, Edition Marcial Pons
  • Que sais-je ? Histoire de l’Espagne, Pierre VILAR, puf
  • Histoire de l’Espagne de 1814 à nos jours, le défi de la modernisation, Anne DULPHY, histoire 128
  • Histoire de l’Espagne, Joseph PEREZ, Fayard