Royalisme serbe

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Royalisme serbe

Le blason royal de la Serbie
L’histoire de la Serbie moderne est intrinsèquement liée à celle de la dynastie des Karageorgevic. Le fondateur de la dynastie, Georges Petrović, était un simple paysan qui, de 1804 à 1813, dirigea politiquement et militairement le soulèvement des Serbes contre l’occupation Turque, remportant les batailles de Ivankovac (1805) et de Misar (1806) avant de prendre Belgrade (1807).


Karageorgevic contre Obrenović

« Karageorges » Petrovic
Surnommé « Kara Yorgi » (Georges le Noir) par les Turcs, « Karageorges » Petrovic fut désigné comme seigneur héréditaire de Serbie par une assemblée du peuple en 1808.

En 1813, les Turcs parviennent à reconquérir la Serbie. Karageorges gagne l’exil en Russie, tandis que l’un de ses lieutenant, Miloš Obrenović fait sa soumission, se voit attribuer le commandement du district de Rudnik et confèrer le titre de « Prince ».

En 1815, Miloš Obrenović prend cependant la tête d’un nouveau soulèvement anti-turc qui aboutit à la reconnaissance formelle d’une principauté autonome Serbe sous suzeraineté Ottomane, situation qui durera jusqu’en 1867.

Quant à Karageorges, il est assassiné en 1817 sur ordre de Miloš Obrenović, peu de temps après son retour d’exil… Cette assassinat marque le début d’une longue suite de complots et de violence qui vont opposer les deux familles rivales, celle des Karageorgevic et celle des Obrenovic jusqu’au tout début du XXème siècle.
Miloš Obrenović

La famille des Karageorgevic incarne alors l’idée d’une Grande Serbie indépendante, tandis que les Obrenovic sont considérés comme étant moins « nationaux »…

Le 11 juin 1903, un groupe d’officiers nationalistes partisans des Karageorgevic prit d’assaut le palais royal et mis à mort le Roi Alexandre 1er Obrenovic et la Reine Draga, mettant fin à la dynastie Obrenovic et ouvrant la voie au Roi Pierre 1er Karageorgevic.

La Yougoslavie

Durant la première guerre mondiale, la Serbie résiste d’abord victorieusement aux armées Austro-Hongroises, avant de devoir se replier à travers l’Albanie sous la conduite du Roi Pierre et de son fils Alexandre. Embarquée à Corfou, l’armée Serbe est réorganisée et rééquipée par les Alliés avant de participer à l’offensive finale et à la libération du territoire national en 1918. L’annexion du Monténégro et le démantèlement de l’Empire Austro-Hongrois permet alors la constitution d’un « Royaume des Serbes-Croates-Slovène » qui devient en 1929 le Royaume de Yougoslavie.

L'assassinat du Roi Alexandre à Marseille, 1934
La période de l’entre-deux guerre est cependant marquée par bien des périls pour le trône Yougoslave avec l’agitation communiste naissante d’une part et surtout la montée en puissance du nationalisme croate responsable de l’assassinat en 1934 à Marseille du Roi Alexandre 1er de Yougoslavie (fils de Pierre 1er).

Le jeune fils d’Alexandre, Pierre II lui succède sous la régence de son oncle le prince Paul qui, contre l’avis de son opinion publique, va mener une politique germanophile pour tenter d’échapper à l’encerclement géopolitique qui guette son pays. Cette politique conduit au soulèvement « patriotique » de Belgrade le 27 mars 1941 et à un brutal renversement des alliances. Pierre II est proclamé majeur, le régent Paul est chassé du pouvoir.

Ce soulèvement donne le signal à une intervention militaire des Puissances de l’Axe. Les armées Allemandes, Italiennes, Hongroises, Bulgares et Albanaises déclenchent une offensive le 6 avril 1941. Le jeune Roi Pierre est contraint à la fuite le 14 avril. La Yougoslavie capitule le 18 avril et son démantèlement débute le 19. La Croatie devient un état indépendant qui annexe la Bosnie et la Smirnie. La Serbie est réduite à ses frontières de 1878, moins le district de Pirot annexé par la Bulgarie. Le Kosovo est rattaché à la Grande Albanie, la Batchka à la Hongrie, la Dalmatie et le Monténégro passent sous contrôle Italien.

A la fin de ce mois d’avril 1941, le colonel (plus tard général) Draza Mihailovic constitue les premières unités de partisans royalistes serbes, les Tchetniks.
Combattants royalistes tchetniks durant la Seconde guerre mondiale

Au cours de la guerre, les communistes, dirigés par Tito, parviendront à accréditer l’idée que les Tchetniks sont pro-allemands. C’est ainsi que la Conférence de Téhéran (28-11/1-12-1944) reconnaîtra les Titistes comme armée alliées, et que la Grande-Bretagne retirera son aide à Mihailović et aux Tchetniks.

A la fin du conflit les communistes, soutenus notamment par les Anglais et appuyés par la puissance militaire soviétique, s’emparent du pays. Après un référendum populaire le nouveau pouvoir anti-fasciste renverse la monarchie. L’heure des persécutions commence… Pour les monarchistes Serbes c’est la mort, l’exil ou la clandestinité…

Le 12 mars 1946, Draza Mihailovic est arrêté alors qu'il se cachait en Bosnie-Herzégovine. Du 10 juin au 15 juillet 1946 se déroule à Topcider le procès des "traîtres" et des criminels de guerre de la Seconde Guerre mondiale. Draža Mihailović figure au nombre des accusés. Jugé coupable, il est fusillé le 17 juillet 1946.

Espoirs et déboires

La montée des nationalismes après la mort de Tito (1980), l’effondrement du bloc soviétique (1989) vont provoquer la désagrégation de la Yougoslavie socialiste.

C’est ainsi qu’en 1990, les premières élections libres et pluralistes se déroulent en Bosnie-Herzégovine, en Macédoine, en Serbie, en Slovénie et en Croatie, suivant en cela le mouvement de démocratisation engagé en Europe de l'Est un an auparavant. Hormis la Serbie, toutes les autres Républiques choisirent des Présidents ouvertement nationalistes ou indépendantistes.
L'affirmation du sentiment royaliste en Serbie se traduit souvent par des démonsatration de masse

Le nouveau président serbe, Slobodan Milosević, chercha à préserver l'unité yougoslave en jouant sur le nationalisme serbe tandis que la Slovénie et la Croatie déclaraient leur indépendance le 25 juin 199. L'armée fédérale (JNA), intervint contre les deux républiques sécessionnistes. S'ensuivirent la courte guerres en Slovénie et une autre, plus longue et plus meurtrière, en Croatie.

Fin 1991, la Bosnie-Herzégovine et la Macédoine proclamèrent à leur tour leur indépendance, ce qui déclencha une guerre de trois ans en Bosnie-Herzégovine, entre les trois ethnies principales du pays, les Serbes, les Croates et les Bosniaques.

En Serbie même, ces années-là voient un vrai foisonnement politique. Les royalistes profitent de la situation pour réapparaître en plain jour. Dès 1989, un premier mouvement, le Srpske Narodne Obnove (SNO - Mouvement National Serbe) est créé par Mirko Jovic auquel sont associés Vuk Draskovic et Vojislav Seselj. Mais très rapidement, la situation se dégrade entre les trois hommes.

Dès 1990, le SNO éclate en trois factions. Vojislav Seselj, proclamé « vojevoda » (voïvode, chef militaire suprême) des Tchetniks, créé le Srpska Cetnici Obnova (SCO - Mouvement Tchetnik Serbe) qui fusionne l’année suivante avec le petit Narodna Radikalna Stranka (NRS - Parti Radical Populaire) pour donner naissance au « fameux » Srpska Radikalna Stranka (SRS - Parti radical Serbe).

Mirko Jovic tente de conserver un Srpske Narodne Obnove]] (SNO - Mouvement National Serbe) « maintenu » qui disparaîtra en 1992/1993 absobé complètement par la milice des Beli Orlovi (Aigles Blancs) créée conjointement par Jovic et Šešelj. Jovic combattra en Bosnie et tentera un ultime retour politique en se présentant à l’élection présidentielle de 2004, candidature qui sombrera avec seulement 5.546 voix (0,18%).

Enfin Vuk Draskovic, qui se place d’emblée dans une logique plus démocratique, créé le Srpski Pokret Obnove (SPO - Mouvement du renouveau serbe). Durant la guerre en Croatie, le SPO disposera cependant aussi de sa propre milice, la Srpska Garda (Garde Serbe).

Le SPO connaîtra son plus grand succès électoral en 1997 avec 793,284 voix (19,1%) et 45 sièges au Parlement. Tandis que le Parti Radical, se maintiendra tout au long de cette période comme premier ou second parti de Serbie en jouant davantage, il faut le préciser, sur les sentimements ultranationalistes que royalistes d’une large partie de l’électorat.

En 1997 toutefois, victime de son succès électoral, le SPO va connaître la scission d’une partie de ses élus et militants, qui derrière Velimir Ilic vont fonder Nova Srbija (NS - Nouvelle Serbie).

Le royalisme en Serbie, une idée populaire

Le SPO sera touché par une autre scission en 2005, menée par le petit fils du général Mihailovic, Vojislav Mihailovic, ancien Maire de Belgrade, scission qui donne naissance au Srpski Demokratski Pokret Obnove (SDPO - Mouvement Démocratique Serbe du Renouveau).

Il est intéressant de noter que, si aucun mouvement ou parti monarchiste ne semble en mesure de s’emparer seul du pouvoir par la voie des urnes en ce moment. Les royalistes serbes son non seulement représentés au Parlement de Serbie, mais ils sont largement partie prenante des trois principales coalitions.

Lors des dernières élections législatives qui se sont tenues le 11 ami 2008 la coalition « Pour une Serbie Européenne » menée par Boris Tadic a obtenu 1.590.200 voix (38,40%) et 102 sièges dont 4 pour le SPO de Vuk Draskovic.

Le Srpska Radikalna Stranka (SRS - Parti radical Serbe) qui continue à incarner une forme de tradition Tchetnik a recueilli 1.219.436 vois (29,45%) et 78 sièges.

Enfin, la coalition menée par Vojislav Koštunica et son Parti démocratique de Serbie, comprenant Nova Srbija (NS - Nouvelle Serbie) et le Srpski Demokratski Pokret Obnove (SDPO - Mouvement Démocratique Serbe du Renouveau) a obtenu 480.987 voix (11,61%) et 30 sièges dont 10 pour Nova Srbija.

La coalition de gauche ne disposant que de 313.896 vois (7,58% - 20 députés) et les libéraux 216.905 voix (5,24% - 13 sièges)...

C’est donc à une formule toute nouvelle de conquête du pouvoir que nous assistons par une « royalisation » progressive du paysage politique…

A côtés de ces formations politiques importantes, il existe une myriade de groupes, d’associations et de clubs, politiques, culturelles ou patrimoniaux qui contribuent à leur échelle et dans leurs domaines à maintenir très vivante la tradition monarchiste Serbe.

Bornons nous à mentionner, parce qu’ils sont adhérents (avec le SPO de Vuk Draskovic et le SDPO de Vojislav Mihailovi) à la Conférence monarchiste internationale, les Kraljeva Omladina (KO -Jeunesses du Roi), l'Udruženje Inicijativa za Kraljevinu Srbiju (Initiative pour le Royaume de Serbie) ou encore le Centar za Istraživanje Pravoslavnoga Monarhizma (CZIPM - Centre pour la Recherche du Royalisme Orthodoxe).
Le Prince Alexandre de Serbie

L’actuel prétendant au trône, Chef de la Maison royale des Karageorgevic, le Prince Alexandre Karageorgevic est revenu en Serbie pour la première fois en octobre 1991 à l’invitation du SPO. Son retour avait été marqué par un accueil triomphal et des manifestations de masse.

Le Prince Alexandre, né à Londres en 1945, est le fils unique du Roi Pierre II.