Le Referendum de 1993

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Le Référendum de 1993

Lorsqu’il proclame la République le 15 novembre 1889, le nouveau gouvernement intérimaire promet à travers l’article 7 de son manifeste de mettre en place un référendum afin de confirmer le nouveau régime qui a succédé à la monarchie impériale par un coup d’état.

Monarchie vs République

Mais un mois plus tard, ce même gouvernement émet un décret qui impose la République et créé un tribunal militaire chargé d’arrêter et juger toutes personnes qui s’opposerait « au nouvel ordre » en place. Ce décret va permettre à la république (1889-1930) et la dictature (1930-1985) de réprimer autant les mouvements issus de l'opposition que les mouvements royalistes très actifs au Brésil.

C’est au cours des travaux de l’assemblée constituante (1987–1988) pour une nouvelle constitution que ce décret fut finalement aboli.

Le 21 avril 1993, plus de dix millions de Brésiliens étaient enfin appelés aux urnes afin de décider quelle forme et de système de gouvernement ils souhaitaient avoir. Ce référendum, à l’initiative du député monarchiste Antonio Henrique Cunha Bueno (PDS-SP), était censé mettre fin à des décennies de corruption au sein de la République proposait comme mode de gouvernement soit une monarchie, soit une république parlementaire ou présidentielle.

L’Assemblée constituante de 1987-1988

Le 15 novembre 1986, une nouvelle assemblée est élue au Brésil. Le Parti du mouvement démocrate brésilien (PMDB) obtient la majorité des sièges. La dictature militaire a laissé la place à un régime de transition dirigé par le Président José Sarnay (Droite brésilienne) qui hérite d’un pays corrompu et endetté avec une inflation galopante. Les députés réunis doivent s’entendre afin de rédiger une nouvelle constitution et dès le 1er février 1987 se transforme en assemblée constituante.

Toutes les composantes politiques du pays sont invitées à collaborer y compris les mouvements monarchistes. Les Princes Louis–Gaston d'Orléans-Bragance et Pierre-Gaston d'Orléans-Bragance sont consultés sur le sujet. La question de l’abolition du fameux décret est mise sur la table des négociations entre la République et la maison impériale. L’ancien secrétaire d’état à la culture et député de Sao Paulo (1970-1972 et 1982 à 2003) Antônio Henrique Bittencourt Cunha Bueno (né en 1949) fait entendre dans l’hémicycle la voix de la maison impériale. Ses arguments sont simples. Sous le règne de Pierre (Pedro) II, le Brésil a connu une stabilité économique et la monarchie est tombée avec un coup d’État et de manière illégale.

Antonio Henrique Bittencourt da Cunha Bueno

Une pétition est lancée pour montrer au parlement de transition que le Brésil est encore attaché à sa famille impériale et celle-ci va recueillir plus d’un million de signatures. Au parlement, une majorité de députés raille cette proposition de loi et juge « folklorique » même l’idée de restaurer la dynastie impériale.

Le 29 octobre 1987, un accord est enfin trouvé dans la chambre et un amendement est déposé.

Le 17 mars 1988, l’assemblée constituante vote par 366 voix pour, 29 contre et 6 abstentions la fin du décret interdisant tout référendum sur la question monarchique. Ayant obtenu 83 signatures des 18 partis politiques, un vote le 3 juin 1988 ratifie le principe du référendum populaire par 495 voix pour, 3 contre et 11 abstentions.

En 1991, un groupe parlementaire monarchiste (Frente Parlamentar Monárquica) est constitué au Parlement brésilien. De cette date au référendum, le député monarchiste organise des conférences comme préside des séminaires afin de convaincre les Brésiliens du bien fondé du retour de la monarchie.

Le Parlement choisit pour organiser le référendum le 7 septembre 1993, jour de la date anniversaire de l’indépendance du Brésil. Les Brésiliens devront choisir un nouveau mode de gouvernement soit une république présidentielle ou parlementaire, une monarchie parlementaire.

Cette même année, Antônio Henrique Bittencourt Cunha Bueno fait éditer un livre intitulé : "A solução é o rei : perguntas e respostas sobre o plebiscito de 1993 e a monarquia parlamentar" (La solution est le Roi, questions et réponses sur le référendum de 1993 et la monarchie parlementaire).

La campagne pour la restauration de la monarchie est lancée. Le 5 octobre 1988, la nouvelle constitution est adoptée.

Le Mouvement monarchiste parlementaire et la Maison d'Orléans-Bragance

Arbre généalogique des Orléans Bragance

Alors que le Brésil s’enfonce dans la crise politique et les scandales de corruption qui minent le gouvernement (le Président Fernando Collor de Mello va être sous le coup d’une enquête pour trafic d’influence), Antônio Cunha Bueno décide de fonder le Mouvement monarchiste parlementaire (Movimento Parlamentarista Monárquico/MPM) en mai 1992.

Le député monarchiste est ouvertement soutenu par Pierre IV Gaston d'Orléans-Bragance (Pedro Gastão d’Orléans-Bragance). Hors les monarchistes sont divisés entre deux branches qui revendiquent le trône. Celle de Petropolis dont est issu Pierre Gaston d'Orléans-Bragance et celle de Vassouras représentée par Louis Ier-Gaston d’Orléans –Bragance (Luiz Gastão d'Orléans-Bragance). Tout oppose les deux prétendants. Le premier est libéral et s’inscrit dans la lignée orléaniste du comte de Paris Henri VI d’Orléans tandis que le deuxième est plus conservateur et s’inscrit dans la lignée des prétendants légitimistes. Chaque camp fait campagne de son côté en évitant de montrer la division au sein de la famille impériale. Du côté de la population, la majorité des Brésiliens penchent en faveur de la branche orléaniste. L’appartenance à un groupe ultra religieux (Tradition, Famille et Propriété) du Prince Louis-Gaston et de son frère Bertrand ne fait pas l’unanimité chez les monarchistes. Les partisans de la branche Vassouras sont rassemblés alors au sein du Conseil Pro monarchiste Brésilien de Roberto Mourão.

En 1992, en vain, Da Cunha tente de réconcilier à Brasilia les deux branches. Il est alors suggéré que les deux princes abdiquent leurs droits au trône (et les enfants de Dom Pierre Gaston également) en faveur de Dom Antoine d’Orléans-Bragance, frère de Dom Louis-Gaston. Aucun accord ne sera être dégagé, lors de cette rencontre, au sujet du conflit dynastique qui agite les Orléans-Bragance. Da Cunha a dû se résoudre à laisser la chambre des représentants trancher la question en cas de restauration de la monarchie

Pedro IV Gastão d’Orléans-Bragance

Lors de sa fondation, le MPM précisait dans son article 1 que les Empereurs régnants au Brésil devaient être nés au Brésil exception de cas comme la loi d’exil qui avait frappé certains membres de la famille impériale. Ce qui semblait exclure du trône les Princes Louis-Gaston et Bertrand, nés à Mandelieu, en France. Da Cunha ne faisait pas mystère de ses préférences dynastiques.

Enfin fallait-il encore compter avec une minorité de monarchistes qui jugeait les deux branches illégitimes et qui souhaitait le rétablissement de la monarchie en faveur de la branche des Saxe-Cobourg Kohary. Un parti est même créé sous le nom de Mouvement parlementaire royaliste.

Les médias brésiliens favorisèrent d’ailleurs la branche de Petropolis au détriment de celle de Vassouras désormais réunie en un Conseil-pro-monarchie brésilien. Ce dont se plaignit fréquemment le Prince Dom Louis-Gaston d’Orléans-Bragance.

Dom Luiz Gastão d'Orléans-Bragance

Le référendum de 1993

La télévision et les médias ne se lassèrent pas d’interviewer les membres de la famille impériale et la Comtesse de Paris, Isabelle d’Orléans-Bragance, se lança elle-même dans la bataille au côté de son frère Pierre IV Gaston. Les sondages inquiétent vite les partisans du maintien de la République et certains montèrent jusqu’à 40% d’intentions de vote en faveur de la monarchie.

Bulletin de vote lors du référendum en 1993

Le 4 février 1993, afin de stopper l’avancée des monarchistes, le Président de la république Itamar Franco décide d’avancer la date du référendum au 21 avril 1993 (Loi 8624). Les soutiens financiers manquent à la campagne des monarchistes. Si la famille impériale y engage une partie de ses revenus issus de ses exploitations agricoles, ce n’est pas suffisant. Les républicains se sont regroupés sous deux formations afin de contrer la campagne monarchique qui prend de l’ampleur (Le Front présidentiel (qui comprenait le PT, PFL, PMDB et le PTB) et le Front parlementaire du PSDB).

Les résultats au soir du 21 avril ne seront pas ceux escomptés par le mouvement monarchiste. Le vote monarchiste ne recueille que 13.4% des voix (soit 6.843.196 votes) face aux 86.60% (44,266,608 votes) en faveur du maintien de la République. La machine républicaine avait réussi son pari de tenir les monarchistes hors portée du champ de vote des Brésiliens (la cour suprême avait réduit le temps d‘antenne médiatique des princes d’Orléans–Bragance) à qui depuis des générations, on enseignait les bienfaits de la république et dont les manuels d’histoire portaient que peu d’intérêt à la monarchie excepté ses grands événements. A contrario, les monarchistes avaient aussi souffert de leur divisions dynastiques.

Isabelle, Comtesse de Paris et Princesse du Brésil

Après la défaite du référendum, Dom Pierre Gaston interdira à ses partisans de reformer un mouvement monarchiste et se retirera peu après dans sa villa de Villamanrique de la Condesa en Espagne, non sans être toujours auréolé du prestige impérial de sa famille. Dom Louis-Gaston d’Orléans a continué ses activités monarchistes mais ne cautionne pas non plus la formation d’un mouvement national monarchiste.

Résultats du vote monarchiste par états

Etat Vote monarchiste %
Acre 11.292 11.10
Algoas 64326 13.40
Amapá 8.838 10.80
Amazonas 63.575 13.90%
Bahia 247.454 9.40
Ceará 212.748 11.40
Distrito Federal 69.552 11.20
Espírito Santo 134.398 14.80
Goiás 174.937 13
Maranhão 63.094 7.30
Mato Grosso 75.689 13.70
Mato Grosso do Sul 92.456 14.20
Mato Grosso do Sul 731.174 12.80
Paraná 420.276 12.80
Paraíba 82.876 8.70
Pará 153.898 14.30
Pernambuco 222.020 11.10
Piauí 48.059 4.80
Rio de Janeiro 938.964 16.30
Rio Grande do Norte 58.936 8.70
Rio Grande do Sul 372.469 8.80
Rondônia 37.222 14.90
Roraima 5.121 10.50
Santa Catarina 272.577 14.50
Sergipe 48.252 11.50
São Paulo 2.210.203 16.60
Tocantins 19.601 9.30


Graphique des Votes

Affiche de propagande pour le vote monarchiste

Les monarchistes réaliseront leurs deux meilleurs résultats dans l’état le plus peuplé du Brésil, Sao Paulo (16,59%) et dans celui, très emblématique, de Rio de Janeiro (16,30%). Les autres états dans lesquels les monarchistes furent au delà de la moyenne nationale sont : Rondonia (14,87%), Santa-Catarina (14,47%), Para (14,29%), Mato Grosso do Sul (14,17%), l’Amazonie (13,88%), Mato Grosso (13,68%) et l’Alagoas (13,42%). Le seul état dans lequel le mouvement monarchiste ne franchira pas la barre des 5% fut le petit état de Piaui avec 4,80% seulement.

Régime Vote %
Régime monarchique 6.843.196 13.40
Régime républicain 44.266.608 86.60
Système parlementaire 16.518.028 30.80
Système présidentiel 37.156.884 69.20

Les mouvements royalistes issus du référendum aujourd'hui

Cet échec du référendum coûtera son siège de député fédéral à Antônio Henrique Cunha Bueno qui perd par la suite l’investiture de son parti. Alors que le Prince Pierre-Gaston d'Orléans-Bragance interdit la poursuite des activités politiques des mouvements monarchistes, ces derniers affaiblis, désunis et surpris eux-mêmes par les résultats du vote se montreront incapables par la suite de l’exploiter.

Lors des élections législatives qui suivent, le Mouvement monarchiste brésilien obtient 4 sièges sur 513 de disponibles lors des élections législatives de novembre 1994 (soit 3 sièges de plus qu’en 1990). Un maigre succès qui néanmoins permet aux monarchistes de se faire entendre nationalement. En 1998, il ne restait plus qu'un seul député au parlement brésilien d'obédience monarchiste.

Bien qu’il n’ait plus d’existence légale depuis 1994, le Mouvement monarchiste parlementaire dirigé Valdemar Meneses regroupait encore en 1999 plus de 500 membres. Il n’a plus aucune représentation légale au parlement ni de poids au sein du mouvement monarchiste brésilien.

Le Conseil Pro monarchiste Brésilien connait rapidement sa première crise interne avec une scission en 1995 avec un groupe dirigé par Alan Assumpção Morgan et un général à la retraite Pedro de Araújo Braga qui fondent le mouvement Brésil Impérial (Brasil Imperial). Ce dernier existe toujours.

En avril 2016, la journaliste brésilienne Mariano Godoy a décidé d'organiser un sondage sur son compte Twitter sur la question suivante à la veille d'un entretien télévisé avec le prince Dom Louis-Gaston (Luis) d'Orléans-Bragance: "si un référendum était organisé aujourd'hui quel type de système choisiriez-vous ("Se o plebiscito fosse hoje, o que você escolheria?") ? Le Brésil faisant face à une sérieuse crise politique depuis deux ans a forcé les différents princes de la maison impériale à sortir de leurs silences alors que de plus en plus de Brésiliens réclament un nouveau référendum sur un nouveau système de régime et manifestent ouvertement en faveur de la monarchie. Les résultats ont donné :

  • 33% en faveur d'un régime Présidentialiste
  • 18% en faveur d"un régime parlementaire
  • 42% en faveur de la monarchie
  • 7% autres.

Bibliographie

  • A extraordinária história do Brasil - Vol. 2 (1998)

Lien externes

  • [1] : Vidéo You tube sur le référendum de 1993 (Port.)
  • [2] : Vidéo You tube Jingle du spot en faveur de la monarchie en 1993
  • [3]: Vidéo You tube sur le référendum de 1993 (Port.)
  • [4] : Loi du 14 février 1993 . (Port.)
  • [5] : Article sur le référendum de 1993 (Port.)
  • [6]  : Historique du référendum
  • [7] : Article et vidéo sur le référendum de 1993 (Port.)
  • [8] : Site du mouvement Brésil Impérial (Port.)
  • [9] : Le MPM en 1999 (Port.)
  • [10] : Le Brésil et la nostalgie monarchique (Fr.)
  • [11] : Article du New York Times sur le référendum au Brésil (Angl.)
  • [12] : Article d'El Pais sur le référendum au Brésil (Esp.)
  • [13] : La Toile numéro consacré au Brésil (Fr.)