L'Action française Nord

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L’Action française Nord (1909-1939)

Naissance

C’est en mai 1909 que se crée la première section du mouvement monarchiste Action française dans le Nord et elle essaime aussitôt à Roubaix et Armentières. Dès 1911, une section se crée à Dunkerque, tandis qu’une autre section voit le jour à Cambrai en 1912. Ces sections jouissent d’un atout favorable à leur notoriété : un organe de presse à leur dévotion, et disposé à les soutenir avec ardeur : l’hebdomadaire Le Nord-Patriote, dirigé et animé par la plume d’un journaliste expert, excellent connaisseur du monde catholique (Robert Havard de la Montagne). Rapidement le mouvement monarchiste se caractérise par son dynamisme comme en témoigne de nombreux rapports internes.

Les Camelots du Roy se distinguent par des coups de poings avec les étudiants de l’Université catholique (ou Ralliés depuis l’appel du Pape Léon XIII) quand cela ne dégénère pas en bataille rangée comme en 1911 à Béthune lors d’une réunion infiltrée par des membres de l’Action française.

François Guermonprez

C’est le docteur François Guermonprez (1849-1932), président de la section de Lille, (chirurgien réputé, co-fondateur, en 1877, de la Faculté catholique de médecine) qui reçoit le leadership de l’Action française dans le Nord.

Alors que la première guerre mondiale (1914-1918) va décapiter la plupart de ses cadres et affaiblir l’Action française, elle décide néanmoins de soutenir des candidats mineurs aux élections de 1914 dans les circonscriptions du 1er au 3ieme secteur et 5 au 7ieme secteur de Lille. Mais les résultats sont à la hauteur des candidats et des soutiens obtenus . Faibles. De nombreux monarchistes du Nord, catholiques, ont adhéré à l’Action libérale, mouvement républicano-conservateur. Guermonprez fait de l’ancien abbé légitimiste Lemire, sa bête noire.

François Guermonprez lui reproche, son engagement politique privilégié à sa foi, ce qui vaudra à Lemire d’être suspendu par l’Evêque de Lille en 1914. Dans L’Éveil populaire et Le Clairon des Flandres, Léon Devos, fervent royaliste, ancien élève des facultés catholiques qui dirige les deux journaux et François Guermonprez s’élèvent violemment contre Monseigneur Delamaire, archevêque de Cambrai, et dénoncent son silence pendant la période électorale et son indifférence face aux actions de Lemire.

Le 7 novembre 1911, Monseigneur Delamaire condamne leurs publications et les désavouent. Guermonprez, considéré, peut-être à tort (même si des archives familiales, les archives du diocèse de Cambrai ou de l’Action française, le présentent comme l’éminence grise) comme le fondateur de ces journaux et Devos se tournent alors vers le Vatican et adressent une supplique au Pape Pie X. Le cardinal Merry del Val, qui les considère comme « de bons catholiques », apaise les tensions, les encourage à continuer le combat contre Lemire, mais la publication de L’Éveil populaire et du Clairon des Flandres est stoppée en janvier 1912, le pape leur ordonnant d’être plus pacifistes et d’implorer le pardon de Monseigneur Delamaire, proche de la démission. Delamaire, plutôt que de reconnaitre sa responsabilité dans l’affaire et une certaine bienveillance pour Lemire, souhaite le « silence » de François Guermonprez, mais ce dernier continue à faire entendre sa voix et réitère ses attaques contre Lemire dans un journal militant, auquel il est associé, le Nord Patriote, dirigé par son ami Robert Havard de La Montagne, membre actif, comme lui, de l’Action Française et ami intime de ||Charles Maurras]].

L’Entre-deux-guerres

En 1919, lors des élections législatives, l’Action française Nord obtient à peine 3254 voix. Pas suffisant pour envoyer un député au Parlement. Si l’Action française Nord renoue avec sa vigueur en 1922, elle tente une alliance en mars 1924 avec l’Entente Républicaine Démocratique avant de renoncer finalement de présenter des candidats aux élections la même année.

Dans la foulée de la renaissance de la section de Lille, .il en va de même pour les sections de Tourcoing, Roubaix, Valenciennes. Celle de Cambrai renaît en 1924 et celle de Dunkerque en 1925. Un accord est même conclu avec deux représentants de l’église catholique (Mgr Chollet à Cambrai, et MgrQuilliet, à Lille) qui ont tous deux violemment rejeté la loi de laïcité de 1905 et qui voit dans la ligue nationaliste royaliste, un soutien. Le leader légitimiste du Nord, l’avocat Gustave Théry (1836-1928) rejoindra lui-même l’Action française en devant l’un de ses plus actifs cadres en développant la notion de catholicisme intégral (auquel est sensible le futur leader indépendantiste et royaliste flamand, l’abbé Jean-Marie Gantois (1904-1968) durant la seconde guerre mondiale).

La nouveauté est la naissance de sections dans la périphérie lilloise : La Madeleine et Haubourdin en mars 1925, Lomme-Lambersart, Halluin. Ces sections se dotent d’un organe de presse local, court (une ou deux pages), destiné à répandre les mots d’ordre du siège central parisien. Le contrôle étroit de ce dernier contredit les principes de décentralisation inscrits au cœur du programme royaliste. Parmi ces organes de presse, il convient de citer L’Écho, né en 1923, bulletin mensuel des sections d’Action française de la première zone (Aisne, Nord, Oise, Pas-de-Calais, Somme) mais aussi Le Fanion, né en 1925, organe mensuel de la section d’Action française de Lille, qui devient en 1929 Le National des Flandres et d’Artois. Il faut ajouter Le Tocsin, organe de la section madeleinoise [La Madeleine] d’Action française, né en 1925, ainsi que L’Éveil, organe mensuel de la section d’Action française de Lomme-Lambersart.

Charles Maurras

L’Action française Nord est alors à son apogée dans le Nord-Pas-de-Calais. Les tensions avec les « Ralliés » de l’Action libérale et les républicains sont assez fortes. Ainsi par exemple, une réunion à La Madeleine, organisée par l’Action française est annoncée par affiches pour le 18 novembre 1925. Les catholiques modérés de l’Union républicaine madeleinoise interdisent à leurs adhérents de s’y rendre. Pourquoi ? C’est qu’ils « travaillent dans le réel » et s’opposent résolument « au socialisme et au communisme », alors que « L’Action française prêche la discorde et demeure dans l’utopie » ; de surcroît, elle fait le jeu de « ces éternels ennemis de la Société et de la Patrie ». La réplique de l’école nationaliste s’exprime aussitôt par une réponse aux « Froussards » publiée par Le Tocsin :

« Au lieu d’injurier à nouveau l’Action française, le comité de l’Union républicaine ferait mieux de venir s’expliquer publiquement ce soir. IL SE DÉFILE…….Pourquoi ? Parce que sa qualité d’amphibie, c’est-à-dire de catholique et de républicain ; de démocrate et draconien dans ses décisions, ne tient pas debout. MADELEINOIS ! Républicains ou non, vous n’avez pas d’ordre à recevoir de ces gens-là. Libres et indépendants, vous viendrez ce soir nous entendre et discuter courtoisement avec nous. L’Action Française Section de La Madeleine »

La plupart des cadres dirigeants de l’Action française Nord sont issus du monde du textile ou industriels (famille d’Halluin, Eugène Mathon), quand ils ne sont pas avocats ou médecins. Eugène Mathon (1860-1935) est à lui seul un personnage monarchiste en Nord-Pas-De-Calais. Il critique le régime parlementaire de la IIIe République et ses incapacités. Dans les banquets, il admoneste même les ministres. C'est ainsi qu'avec les adhérents de l’Action française il se rendra à Rome en 1923 pour y rencontrer Mussolini et le Pape. Foncièrement anti-marxiste et hostile à toute tendance qui s'y rapprocherait, tels ceux qu' A.Cavalier évoque dans son livre: les "Rouges chrétiens". il s'en prend aux Républicains démocrates et aux prêtres "sociaux" qu’il ne supporte pas.

Ou encore Bernard d’Halluin (1895-1974), président de la section d’Action française de Roubaix, estimé pour ses qualités intellectuelles et humaines et proche du comte de Paris. Fervent monarchiste, qui se ralliera plus tard au maréchal Pétain, mais qui, plus tard, dans un autre contexte, admirera dans le général de Gaulle le « garant de la grandeur de la France ». Attiré par le corporatisme d’Eugène Mathon, il est déçu par la politique sociale du consortium. Nous retrouvons ici l’héritage de La Tour du Pin et de l’encyclique Rerum Novarum, en laquelle se reconnaissent la plupart des militants catholiques de L’Action française. Élu, en 1942, président du Syndicat (réunifié) patronal textile de Roubaix-Tourcoing, Bernard d’Halluin s’éloigne de l’Action française, dont le programme social le déçoit, et adhère au groupe de la Bourgeoisie chrétienne, qui le rapproche de l’Action catholique et des orientations de son évêque

La ligue maintient une vive activité : les réunions traditionnellement organisées Salle de l’orphéon entre 1923 et la fin de l’année 1925 rassemblent entre 300 et 400 auditeurs voir 900 participants à Roubaix (en janvier 1923, une réunion donne la parole à quatre orateurs, dont deux viennent de Paris (Georges Valois et Marie de Roux) et s’achève par la projection d’un film sur le cortège de Jeanne d’Arc de 1922, tandis que des voix, derrière l’écran, font entendre des chants royalistes). Le nombre élevé d’étudiants dans une ville universitaire n’est pas le seul facteur. L’activité, liée aux aléas et aux crises de la vie nationale, est commandée par les dirigeants parisiens. Maurras, dans l’éditorial quotidien de L’Action française, La Politique, détermine l’importance de l’événement et la stratégie à suivre. Mais le poids accordé par le quotidien aux personnalités nationales, soit les têtes de turcs, soit les orateurs prestigieux de la ligue, constitue un facteur de mobilisation. La présence de Malvy en décembre 1923 provoque des incidents au cours desquels les camelots s’affrontent avec la police. La police est sur les dents le 1er décembre 1925 lorsque Léon Daudet est à Lille qui réunit 2500 monarchistes : elle redoute des agressions entre milices socialistes et communistes et camelots du roi. L’Action française, consciente du danger et de son infériorité numérique, invite ses militants à éviter toute provocation. Mais la crainte d’affrontements entre socialistes et communistes n’apaise pas la police.

Affciehe moderne de l'Action française dans les années 2000

Le déclin de l’Action française Nord

La condamnation papale de 1926 est le déclin de l’Action française dans le Nord. Les militants d’Action française qui restent fidèles à la formule sont invités à un choix qui peut conduire à leur exclusion. Des tensions parfois très vives éclatent entre partisans et opposants de cette condamnation. La fin du soutien des évêques Quilliet et Chollet, entame le crédit de la ligue nationaliste auprès des catholiques, dirigés, à partir de 1928, par le nouvel évêque de Lille, Mgr Liénart, favorable aux syndicats chrétiens, et imposé par Pie XI. Une partie du patronat chrétien évoluera vers le catholicisme social.

Dès le début des années 1930, le déclin s’amorce et les effectifs stagnent dans presque toutes les sections : dès 1930, et plus encore en 1936, à la veille de la dissolution de la ligue, la stagnation est patente. Le 22 octobre 1930, le préfet du Nord adresse un rapport sur les activités de l’Action française à son ministre de l’Intérieur et minimise son influence dans la région (C’était oublié le maire royaliste de Lynde qui pouvait rassembler jusqu’à 1000 membres dans sa section).

Le sursaut de 1934 n’est qu’un feu de paille malgré la spectaculaire mobilisation. En réalité, beaucoup de militants vont glisser vers d’autres mouvements plus actifs, plus déterminés : les Jeunesses patriotes, les Croix de Feu où les Chemises vertes du Vicomte Henri-Auguste d'Halluin, dit Henri Dorgères (1897-1985, fondateur du fascisme paysan et ancien Camelot).

L’Action française disparait alors progressivement du champ politique local dès 1939.


Lien interne

Le monarchisme dans le Nord-Pas-de-Calais de 1873 à nos jours

Liens externes

  • [1] : Brève histoire du royalisme d'Action française dans le Nord/
  • [2]: Origine des textes empruntés pour la création de ce fichier . histoire de l'Action française dans le Nord.
  • [3] : Léon Daudet à Lille (extrait)
  • [4]: Extrait l'Action française dans le Nord
  • [5] : L'Action française dans le Nord, les variations d'une radicalité militante.