Royalisme dans le Midi

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EN COURS DE CREATION

Royalisme dans le Midi

Lorsque Napoléon Ier abdique pour la seconde fois en juin 1815, la haine des royalistes à l’encontre de la révolution française explose. Avec la fuite de l’Aigle, du Vaucluse à Marseille on acclame le duc Louis-Antoine d’Angoulême qui tenait ici sa revanche. 3 mois auparavant, il avait tenté de stopper l'armée impériale en marche mais sa petite armée avait dispersée par le Maréchal Emmanuel de Grouchy. C’est le début de la « Terreur blanche » qui va faire 500 morts. Dans le Midi de la France, les Verdets (du nom de la cocarde verte que portent les partisans du Comte d’Artois, futur Charles X) mettent en place une vague de terreur entre Toulouse et la cité phocéenne jusqu’à la fin de l’automne. Des milliers de bonapartistes sont assassinés, des officiers célèbres comme le général Ramel à Toulouse ou le maréchal Brunet le 2 août alors qu'il se promenait à Avignon etdont le corps sera jeté dans le Rhône. Une douzaine de mamelouks feront les frais de cette Terreur.

Aux exactions de la révolution française, à l’exécution du duc d’Enghien, à l’usurpation de Bonaparte, les royalistes avaient laissé libre court à leur revanche.  Les ultras-royalistes triomphaient à la chambre en obtenant 350 sièges sur 398. Dans les milieux aristocratiques du Midi, on affichait ouvertement son hostilité aux Lumières. Le Midi, le Gard ou les Bouches du Rhône, s’étaient dressés comme un seul homme face à la Convention et avaient même connu quelques petites Vendées locales comme celle des Barbets à Nice. A l’épuration parmi les partisans de l’Empire succédait celle dans l’administration, dont un quart des fonctionnaires fera les frais. Sous la période de la Restauration, il est difficile de parler des royalistes comme des « Blancs ». Il faut attendre la chute de Charles X en août 1830 pour que naisse dans le Midi une opposition au régime de Louis-Philippe Ier, "durable et largement populaire de ceux que l’on appelle aussi les “carlistes”, les partisans de Charles X.". C’est une véritable «Vendée provençale » qui s’organise contre ce roi des français, ce fils de régicide et que le duc de Wellington appelait « un usurpateur de bonne maison». De la citadelle des Papes à Marseille en passant par Toulouse, des cellules légitimistes s’organisent en vue du soulèvement qui doit ramener Charles X sur le trône. On parle alors aussi de carlisme et le gouvernement s’inquiète de ces petites Vendées insurgées qui éclatent dans la Tarnaise, le Lauragais ou encore dans la Catalane.

Et pour les royalistes qui manquent d'action, les guerres carlistes sont l'occasion de se former militairement sur le terrain en attendant le prochain débarquement qui mettra fin à la monarchie de juillet. C'est encore à Toulouse que l'on trouve le plus grand nombres des "aspotolicos", partis défendre le principe légitimiste (Association légitimiste de Toulouse). Et c'est aussi la ville rose qui accueillera ces exilés espagnols après la défaite en 1840. C'est plus de 5000 espagnols qui arrivent dans la région avant de se voir assigner immédiatement à résidence par le préfet de Haute-Garonne qui craint une insurrection d'autant que les prétendants carlistes font de fréquents séjours dans le département (une amnistie sera proclamée, les militaires poussés à s'engager dans la légion étrangère).

L’arrestation à Nantes en novembre 1832 de la duchesse de Berry met fin à l’aventure insurrectionnelle. Elle avait débarqué à Marseille 7 mois auparavant, pensant que la France catholique rejoindrait son panache blanc. Un grand nombre de légitimistes se font politiques, comme l’avocat Pierre-Antoine Berryer (inamovible député légitimiste des Bouches du Rhône de 1834 à sa mort en 1868) ou la famille des Blacas d’Aulps (dont un de ses membres sera le filleul de Louis XVIII), et boycottent les cérémonies officielles du régime quand d’autres rejoignent la cause carliste en Espagne. Deux ans plus tard, ils remportent 29 collèges notamment dans le Midi provençal et languedocien. Et malgré la crise des années 1840 qui voit naître 5 tendances, le légitimisme pluriel reste une force d’opposition à Louis-Philippe Ier, renforcé par l’entrée en politique du comte de Chambord en 1843. C’est l’apogée du légitimisme dans la France du XIXème siècle.

La révolution de 1848 qui met bas la monarchie de juillet et l’instauration de la seconde république fragiliseront le mouvement légitimiste. Lors de l’élection du 4 juin dans l’Hérault, l’abbé de Genoude s’oppose au républicain Gustave Laissac. Avec seulement 38% des voix, le candidat de la légitimité est battu mais plus de 60% de  l’électorat catholique, principal vivier légitimiste, s’est reporté sur lui. 18 notables légitimistes sont élus conseillers régionaux dès septembre 1848 et plus de la moitié des députés sont de cette tendance. La famille de Rodez-Bénavent occuperont ainsi de 1848 à 1944 des mandats de père en fils (tel qu'Henri de Rodez-Bénavent (1877-1952), maire de Cazilhac et conseiller général du canton de Ganges en 1902, qui fut député de l'Hérault de 1919 à 1924 et 1928 à 1936). Ainsi c'est 15% d'élus légitimistes en Hérault qui font face à 10% d'orléanistes et 10% de Bonapartistes ( le reste étant composé de conservateurs, républicains, libéraux ...)

Le socle ouvrier, auquel sera toujours  sensible Henri V de Bourbon, s’incarne à travers le légitimisme de la « Montagne blanche » (dont le marquis de Villeneuve  se fera le porte-parole au début du XXème siècle et marquera les esprits du monde agricole et syndical), particulièrement actif dans le Roussillon. Berryer conduit le légitimisme blanc dans le Midi, prône l’unité des royalistes légitimistes alors que celui-ci commence à se fissurer. Le comte de Chambord annonce sa volonté d’assurer « la direction de la politique générale du légitimisme ».  En effet, deux factions ont vu le jour avec cette révolution suivie de l’élection au poste de président de la République du prince Louis-Napoléon Bonaparte. Une partie des légitimistes apporte son soutien au prince mais ne fait pas allégeance pour autant. On parle alors de coalition carlo-républicaine incarnant l’idée d’un royalisme plébéien face à la faction minoritaire réunie autour du marquis de la Rochejaquelein qui pense faire revenir le souverain par la volonté du peuple, quitte à reprendre l’idée principale référendaire si chère au bonapartisme. Une attitude qui n'est pas nouvelle puisque déjà en 1842, soucieux de s'attirer les classes populaires, certains légitimistes s'étaient fait les défenseurs du suffrage universel. Cette dernière n’avait guère les faveurs du comte de Chambord qui n’y voyait qu’« une négation de l’hérédité monarchique ». Le marquis, pourtant un des piliers du légitimisme, décidera de rompre avec le prétendant au trône et deviendra un des sénateurs zélés du Second Empire, créant un certain malaise au sein de ma légitimité et dont les actions inquiéteront Berryer.

Actif, Berryer s’oppose farouchement au prince Bonaparte lors de son coup d’état en 1851, ce qui lui vaut quelques jours d’emprisonnement. A sa sortie, il prône (déjà) la fusion de tout ce qui est monarchiste en France. Autres contestataires, les Blacas d’Aulps qui vont alors incarner l’attachement à la fidélité monarchique et la tradition contre-révolutionnaire jusqu’aux portes du Pape. En effet un de ses membres, Casimir, portera l’uniforme de zouave pontifical. Le Second empire s’inquiète même de possibles insurrections royalistes et met sous surveillance la région varoise. Y compris dans l'Hérault où en 1858, le Préfét envoie des rapports alarmistes à Napoléon III. La noblesse de Provence se fait "croisés du Pape" et envoie ses fils protéger les états du Pontife.

Le 25 mai 1871, paraît "La Sentinelle du midi" créée spécialement pour assurer la victoire des royalistes du Parti de l'ordre comme le député de Villeneuve, qui inspirait par les idées de la Tour du Pin, devient Président de l'Union des Syndicats de Provence (future Union des Alpes et de Provence).Le monarchisme se fait de plus en plus social à l'instar du comte de Chambord qui se fait le défenseur du monde ouvrier et agricole. Installé à Marseille, le syndicat ne se prive pas pour faire du royalisme et reçoit un franc succès parmi les cercles nobiliaires de la région. En 1909, l'Union rassemblera près de 200 syndicats et 50 000 membres répartis sur 9 départements du Sud-Est de la France, notamment dans le Var, pourtant devenue largement républicaine depuis les élections législatives de 1885.

Indéfectible soutien au comte de Chambord, le duc de Blacas lui adressera ce message ultime quelques jours avant sa mort, à l’âge de 78 ans : « Ô Monseigneur, Ô mon Roi, on me dit que je touche à ma dernière heure. Je meurs avec la douleur de n'avoir pas vu le triomphe de vos droits héréditaires, consacrant le développement des libertés dont la France a besoin. Je porte ce vœu au Ciel pour Votre Majesté, pour Sa Majesté la Reine, pour notre chère France. Pour qu'il soit moins indigne d'être exaucé par Dieu, je quitte la vie armé de tous les secours de notre Sainte Religion. Adieu Sire, que Dieu vous protège et sauve la France ».

Mais tous ne restent pas légitimistes à la mort d’Henri V d’Artois. Le baron Fernand de Boyer de Fonscolombe, zouave pontifical, décidera de se mettre au service du comte de Paris. La question dynastique divise les royalistes en l’absence d’un héritier désigné.

La IIIème République va opposer aux légitimistes son Midi rouge (du Gard à l’Hérault en passant par l’Aude et la Haute-Garonne) et tenter d’imposer dans le subconscient des royalistes que le monarchisme est bel et bien mort avec le décès du comte de Chambord en 1883. Une grande vague de républicanisation est alors imposée après 1877. Les monarchistes n’ont plus de majorité parlementaire. Ainsi dans le petit village d’Aups dans le Haut Var, les républicains qui en obtiennent la mairie feront voter la construction d’un obélisque en mémoire des victimes de la répression de la terreur blanche.

Avec l’appel au ralliement à la république aux monarchistes par le Pape Léon XIII, le légitimisme va s’étioler progressivement en dépit du soutien acharné de de Monseigneur de Cabrières, évêque à Montpellier (de 1874-1921, qui refusait le ralliement à la république prôné par le pape Léon XIII), puis péricliter dans la première décennie du XXème siècle.Le comte Albert de Mun, un des leaders du légitimisme en France, lâchera prophétiquement : « nous étions royalistes de cœur, nous tacherons de le rester de raison ». Une pensée qui est largement partagée par le comité légitimiste des Bouches du Rhône du marquis Maxence de Foresta (1817-1888 dont une descendante épousera un… descendant des Napoléon) et qui sera membre du service d’honneur qui se relayera auprès du décès du comte de Chambord à son décès. 

Pourtant catholicisme et légitimisme se mélangent et font front contre la république comme en témoigne ce rapport sur le monarchisme dans la région à l'occasion de la commémoration du martyr de Louis XVI :« Le service funèbre du 21 janvier à la mémoire du “Roi-Martyr”, ou les autres cérémonies “expiatoires” prescrites par le gouvernement en souvenir des victimes royalistes de la Révolution, n’étaient point, à Montpellier, des solennités un peu froides et compassées, comme sont trop souvent les cérémonies officielles : on s’y pressait en foule, et avec ferveur, au temple protestant comme à la cathédrale catholique. On y ajoutait même spontanément. Ainsi, au mois de mars 1820, les revendeuses de la halle, “dont plusieurs ont été incarcérées pendant les Cent jours à cause de leur dévouement à la famille de nos Rois”, après avoir assisté au service funèbre célébré officiellement à la cathédrale pour le repos de l’âme du duc de Berry, assassiné par Louvel, font célébrer, à leurs frais, une messe dans la chapelle des Pénitents blancs […] De même, Montpellier est la première ville française à “posséder l’image du Roi-Martyr”. Le marquis d’Axat, maire de la ville sous la Restauration fit édifier une statue de Louis XVI pour témoigner des “sentiments” et de l’“amour” que lui portent les montpelliérains. À l’occasion de la pose de la première pierre de ce monument, un “peuple immense” était amassé sur la place Louis XVI »,

A la mort du prétendant orléaniste, Philippe VII, le mouvement entre dans une certaine léthargie entre 1894 et 1900 jusqu'à l'apparition de la Jeunesse royaliste puis de l'Action française

La Jeunesse royaliste (ou Une Fédération de la Jeunesse royaliste de France) d’Eugène Godefroy restera toutefois très active dans le Midi notamment en Hérault qui compte 800 adhérents notamment avec des personnalités comme son vice-Président André Vincent (qui deviendra le secrétaire du comte de Paris), François de Ramel, un député royaliste du Gard ou encore le marquis Charles de Cadolle (Président local de la Jeunesse royaliste). Le mouvement se veut " avant-garde du parti royaliste". "Bien que associant parfois aux violentes manifestations des groupes anti-dreyfusards elle veut à la fois se différencier du nationalisme ligueur et marquer son rejet de la politique du Ralliement (1890)". "Lorsque nous sommes entrés dans la vie politique" rapporte André Vincent "nous étions pas liés par notre passé nous pouvions courtiser opinion ou solliciter le pouvoir nous pouvions écouter des voix respectées qui nous disaient : II faut que le parti royaliste disparaisse jeunes gens au nom de la religion et de la liberté entrez dans la République ralliez-vous aux institutions de votre pays. Et bien nous avons pas voulu être des ralliés, nous avons pas voulu être des nationalistes (en ce temps-là il avait pas encore de nationalistes intégraux et nationalistes pouvait opposer royaliste), nous sommes restés des royalistes"

La figure d'André Vincent va profondément marquer le royalisme dans le Sud de la France. Pour lui, il y'a nécessité à former un vrai parti monarchiste. Il va s'employer a rassurer les légitimistes qui restent encore fidèles aux préceptes du comte de Chambord qui déclaraient "Vous savez que je ne suis point un parti et que je ne veux pas revenir pour régner par un parti ai besoin de tous et tous ont besoin de moi !", "lever leurs réserves en expliquant que les antennes de la Jeunesse royaliste ne concurrenceront pas leurs prérogatives coutumières sur leur territoire politique" puis les orléanistes qui n'excluent pas une nouvelle fusion, mais cette fois autour de la figure du duc d'Orléans.

Légitimistes et orléanistes s’y retrouvent, marchent ensemble lors du 21 janvier et complotent à Toulouse Marseille, Montpellier et Sete. André Vincent continue d'organiser le regroupement de tous les monarchistes avec l'aide de Monseigneur de Cabrières qui lui-même réclame le « rassemblement en faisceau de toutes les forces conservatrices » et se tente aux élections. Dès la fondation du mouvement, il se présente dans l’arrondissement d’Arles (Bouches-du-Rhône). Il échoue au second tour en recueillant 7213 voix face au candidat du parti radical. Le procureur de la république de Montpellier s’en inquiète et la désigne comme une « association illicite », ordonne en 1900 des perquisitions comme arrestations dans le milieu monarchiste notamment dans cette Vendée provençale. Il est vrai que les monarchistes ont infiltré certains ligues antisémites et la ligue des Patriotes.

La très légitimiste « Gazette du midi », fondée en 1831 a été remplacée par le « Soleil du midi »  en 1886, et va jusqu’à soutenir deux ans plus tard, en dépit de ses lignes conservatrices, la candidature du royaliste libéral Edouard Hervé lors d’une élection départementale partielle (il obtiendra 23719 voix soit à peine la moitié des voix gagnées par le candidat républicain qui sera élu). Entre 1889 et 1893, les républicains se battent à chaque élection dans la ville d'Arles contre les candidats royalistes."Le Petit Provençal" de tendance radicale, affirme que la lutte oppose dans l'arrondissement " la république à la royauté mais déguisée" et se plaint que les royalistes en soient réduits à accepter le concours des boulangistes y voyant la fin des antiques traditions d'attachement aux Bourbons". Et de lancer un appel aux "royalistes sincères" du département pour qu'ils refusent cette coalition. La campagne est telle que certains royalistes sont accusés par leurs propres journaux de cacher leurs drapeaux. Le comte de Terray (maire de Barbentane et conseiller régional de 1889 à 1901).

En avril 1899, au cours du dernier congrès national de la Jeunesse royaliste qui se déroule à Montpellier, Eugène Godefroy, le président de l’appareil parisien, rend hommage au travail accompli dans ce département en prononçant ces mots devant un parterre de huit cents militants : « Vous avez fait, grâce à ceux qui sont à votre tête et aussi grâce à vous, une grande œuvre. Je ne souhaite qu’une chose, c’est que dans tous les départements de France, on fasse non pas mieux, mais aussi bien». On y professe déjà les grandes lignes d'un programme social dont André Vincent se fait le porte-parole convaincu et que l'on retrouve dans l'organe qu'il a crée, "le Réveil du midi" : limitation de la durée du travail, la fixation d’un salaire minimum, l’extension de la capacité civile des syndicats, la création de conseils permanents de conciliation et d’arbitrage composés de patrons et d’ouvriers.. Agacé par les actions monarchistes (le duc d'Orléans fait des va et vient le long de la frontière et se fait accueillir par 200 paysans et ouvriers, représentants officiels de 30 villages de l'Hérault, le 16 février 1899) , le gouvernement décide de la dissolution des jeunesses royalistes le 4 janvier 1900 et l'arrestation de ses meneurs avant de devoir s'attaquer 7 ans plus tard aux révoltes des vignerons (ou « révolte des gueux » du Midi) qui verra a fraternisation du du 17e régiment d'infanterie de ligne avec les manifestants, à Béziers. Parmi lesquels des vignerons monarchistes venus en découdre avec le gouvernement soutenu par le dernier cardinal légitimiste François Marie Anatole de Rovérié de Cabrières (1830-1921). Ce dernier, ultra montain, étant la tête de proue de résistance de ce midi blanc, intervint dans tous les débats qui concernent l’Église de France sous la Troisième République.

Dans le Brignolais, le légitimisme est défendu par le « Courrier du var » financé par le maire monarchiste de Vérignon, Joseph Bagarry (1882-1887), et rayonnera jusqu’en 1897.

Collaborant au Félibrige, cette association qui œuvre dans un but de sauvegarde et de promotion de la langue, de la culture et de tout ce qui constitue l'identité des pays de langue d'oc, le jeune Charles Maurras, déjà auteur d'un manifeste fédéraliste, se consacre à l'étude du monarchisme à partir de 1896. Il fera des émules y compris avec l'avocat André Vincent (décédé en 1935) qui va très vite afficher des idées proches de Charles Maurras et qui va se battre pour une monarchie "traditionnelle, représentative et décentralisée". En 1906, lors de la campagne électorale, il rassemble sous son nom 6987 voix face aux 7521 voix du député radical républicain sortant Henri Michel et face au 4822 pour le candidat socialiste. L'Action française est si présente dans le paysage provençal que le "Soleil de Midi" qualifie le mouvement monarchiste de "produit de notre sol, chère et glorieuse Provence".

Mais c'est en octobre 1907 que naît véritablement la section d'Action française dans cette partie de la France, dirigée par Paul Vernet, sous-directeur de la compagnie de navigation Cyprien Fabre.

La section d'Aix est crée en avril 1908 avec le breton Urvoy de Closmadeuc puis celle d'Avignon la même année. Et c'est un accueil triomphal qui est réservé à la marquise de Mac-Mahon le 5 mars 1909 à Marseille. C’est l’Action française qui va reprendre et revivifier le flambeau du royalisme dans ce midi alors considéré comme chasse gardée des légitimistes et dont la plupart, ont soit rallié par défaut les idées de Charles Maurras, natif de Martigues et qui s'oppose déjà dès décembre 1910 au bureau politique de Philippe VIII, duc d'Orléans, soit le mouvement de l'Action Libérale quand ce ne sont chez les républicains eux-mêmes comme le député la Lozère (1895-1933 et 1944-1945) et comte Pierre Pineton de Chambrun (1865-1954, qui fut un des 80 députés à de valider l'élection de Philippe Pétain, le 9 juillet 1940).

Dirigée entre 1919 et 1945 par le Commandant Louis Dromard, héros de la première guerre mondiale ( 1/3 des royalistes du Midi a perdu la vie dans les combats ente 1914 et 1918) et malgré la condamnation papale de 1926, l'Action française reste la force politique royaliste la mieux organisée dans le midi et notamment en Provence (avec par exemple 600 adhérents à Marseille, parmi lesquels, le maire de Rognonas (1923-1929), Régis de Bonnet d'Oléon). "Le département de l’Hérault se classe ainsi parmi les gros pourvoyeurs de militants de l’Action française qui a découpé la France en zones. L’Hérault appartient à la dixième zone avec les Bouches-du-Rhône, les Hautes et Basses-Alpes, les Alpes-Maritimes, le Var, la Corse, le Gard, la Lozère et le Vaucluse. Au milieu des années 1920, on estimait que 36,7 % du total des sections de la zone se trouvaient dans ce département. Ces données illustrerontnt l’attraction de l’Action française car nous nous situons dans le secteur qui renfermera le plus de sections : 18,7 % du total national en ne tenant pas compte des fédérations de la région parisienne. À partir du dépouillement de La Gazette de l’Hérault, le périodique qui défend les conceptions du « nationalisme intégral », on avait alors établi l’existence de 44 sections."

Le 29 mai 1927, c'est 20000 royalistes qui seront rassemblés pour acclamer Léon Daudet. Dès 1934, c'est 75 sections royalistes qui se partagent le Midi. La police met les royalistes sous surveillance. Lors de la visite de la duchesse de Guise en septembre 1926, qui présidera à Castries une fête tauromachique donnée dans le parc du château avant de recevoir les sympathisants royalistes, c'est un long rapport qui est envoyé au ministère de l'intérieur. Le fonctionnaire chargé de surveiller les 10000 royalistes, munis d'une invitation, qui ont fait le déplacement, dans son compte rendu, reportera minutieusement une partie de son emploi du temps.

En 1937, ce qui restait du légitimisme blanc, faute de prétendants, avait quasiment disparu du paysage politique du midi - incarné alors par le député de Brignoles Raymond Gavoty qui bien qu’élu sous étiquette du Bloc républicain (1919-1924) n’en demeurait pas moins un légitimiste traditionaliste - et réparti désormais au sein des associations chrétiennes ou des groupes comme « l’Œillet blanc » ou celui du « Panache blanc ».

Certains royalistes soutiennent le Maréchal Philippe Pétain à la chute de la IIIème République tel que le comte Jean Pierre Terray (1906- 1980) qui sera nommé Secrétaire général au Travail et à la Main-d'œuvre à partir du 30 octobre 1941 à juin 1942 dans les Gouvernements Laval, Darlan quand d'autres rejoignent ma résistance comme le comte d'Estienne d'Orves qui avait prêté son parc en 1935 aux royalistes venus accueillir Isabelle d'Orléans, duchesse de Guise.

"Avec sa verve habituelle, Charles Maurras s’enflammera en 1940 en repensant à André Vincent, cet infatigable défenseur de la Cause dans les contrées méridionales situées entre Narbonne et Fréjus : « Le revoyez-vous aujourd’hui, votre et notre André Vincent, se lever dans une assemblée à Arles, à Montpellier, à Roquemartine, l’entendez-vous lancer comme autrefois le grand vocatif familier : “Royalistes de Provence ! Royalistes du Languedoc et de tout le Midi !…” Le revoyez-vous ? Plus haut que sa taille qui était au-dessus de la moyenne, avec ses traits réguliers et fins, dressé comme l’archange par un dernier matin de justice éternelle ! Quel souffle répandrait aujourd’hui cette noble voix sur les vastes ondulations populaires où elle faisait courir tant de foi, tant d’amitié, tant d’espérance ! ". Du "le Nord aux Bouches-du-Rhône travers le Gard, Hérault Aude aux Pyrénées-Orientales", Maurras se félicitait de ces département dans "lesquels on trouvait un beau et bon peuple de fidèles acquis au Prétendant".


Alors que l’AF, à la suite de la scission de la Nouvelle action française, se divisait, les 4 unions royalistes du Sud de la France décidèrent de regrouper leurs publications (« Action-Sud », « Aspects du nationalisme », « L’Ordre Provençal » (devenu un quotidien) et « L’Union Nationale du Midi ») pour fonder un journal commun à vocation nationale appelé « Je Suis Français » dont le premier numéro paru en mai 1977 et qui ne vécut que 7 ans. Devenue l'Union royaliste provençale-URP (dirigée par Pierre Chauvet qui a rejoint en 1972 la Fédération des unions royalistes de France puis par Jean Arnaud), l'Action française reste un mouvement important qui organisera chaque année des rassemblement de centaines de royalistes à Baux de Provence, qui fait preuve d'une véritable indépendance face au siège de Paris et qui n'hésite pas à apporter son soutien à la Nouvelle action française lors des élections de 1974. L'URP est alors une fédération puissante qui chaque année colle 25.000 affiches, distribue 100.000 tracts sont distribués, produit des disques, des manifestes, des brochures ou des journaux sont édités. Les rassemblements de Baux de Provence attire la presse écrite, la radio ou la télévision.

=Liens externes

  • [1] : Histoire des rassemblements de Baux de Provence.