Ntare V

De SYLMpedia

NTARE V

Armoiries du Burundi

Né le 2 décembre 1947 à Gitega, Charles Ndizeye est nommé Prince héritier (Umuganwa) le 13 octobre 1961 après l’assassinat de son frère, le Prince Louis Rwagasore. Dernier du Roi du Brundi, il accède au trône en 1966 avant d'être déposé par un coup d'état militaire la même année. Il est assassiné dans des circonstances toujours non élucidées en 1972.


Sommaire

Coup d'état du Régent

Le Roi Ntare V et Mwambusta IV

Réfugié au Congo -Kinshasa puis en Suisse après le coup d'état du 19 octobre 1965, le Roi Mwambusta IV renvoie son fils Charles N’Diyeze (âgé de 19 ans) à Bujumbura où il est nommé Régent, et se voit charger de préparer le retour du Mwami au Burundi . Une fois arrivé au Burundi, le Prince comprend que la situation est plus que tendue. La purge qui a suivi le coup d'état du 19 octobre 1965 a accentué les antagonismes ethniques entre Hutus et Tutsis. Le Prince Charles démet le précédent gouvernement le 8 juillet 1966 et s’assurant le soutien du Capitaine Michel Micombero (nommé Premier Ministre), annonce que l’armée est désormais garante de l’unité du pays, que le Mwami Mwambusta est déposé et qu’il assurera le pouvoir sous le nom de Ntare V (le Lion).

Le Mwami Mwambusta IV est surpris par cette annonce. Il envoie immédiatement un message au Prince « Vous avez été abusé par quelques politiciens intrigants et extrémistes pour tromper votre jeunesse et profiter de votre inexpérience. Cet acte constitue un geste de rébellion ouverte contre mon autorité. Je refuse de souscrire à une usurpation de pouvoirs tendant à une politique extrémiste quelques jours avant mon arrivée. Je vous donne ordre de libérer les prisonniers victimes d'arrestations arbitraires au service de l'ambition et de la politique génocide d'un petit groupe dangereux que vous m'avez signalé et dont vous êtes le jouet. Vous êtes invité également à dissoudre la J.N.R (Jeunesse Nationale Rwagasore). qui crée une situation d'insécurité dans le Pays. Je vous promets le pardon et l'oubli si vous avez la loyauté de diffuser la présente instruction. » (Remarques Africaines n° 403) Le message ne sera jamais diffusé et le souverain devra s’exiler vers la Suisse, condamné à suivre les soubresauts de son pays depuis sa villa de Genève.

Règne éphémère du Mwami Ntare V

Couronnement du Roi Ntare V

Le nouveau Mwami, une fois installé sur le trône de son père, s’aperçoit que son Premier Ministre est bien encombrant. Déjà sous Mwambusta, lorsqu’il était invité à la cour, c’est avec un petit détachement qu’il faisait son entrée avant de faire milles courbettes au souverain. Son penchant pour l’alcoolisme est connu de tous. Ntare V est agacé de constater que Micombero outrepasse ses prérogatives. Les rapports entre le militaire et le Mwami se dégradent. Le 17 septembre 1966, un remaniement ministériel accentue le désaccord entre le roi et le premier ministre. Les membres du nouveau gouvernement ont été imposés par la JNR (Jeunesse Nationale Rwagasore), véritable bras armé de Micombero. Afin de diminuer les pouvoirs du gouvernement, Ntare V tente de créer des secrétariats d'état dépendant uniquement de lui mais Michel Micombero s'y oppose fermement. Le souverain peu satisfait du choix du Ministre des Affaires Etrangères (Dr Pie Masumbuko) tente de le révoquer et utilise la radio d’état.

Couronnement du Roi Ntare V

A peine limogé, le Ministre est réintégré par voie radiophonique sur ordre de Micombero avant de faire installer du fil barbelé aux alentours du bâtiment de la radio. Des parachutistes prirent même leurs quartiers à l'intérieur du bâtiment afin d’empêcher le souverain de refaire d’autres déclarations. Le 7 Novembre, Ntare tente de limoger le gouvernement en pénétrant dans la radio mais les parachutistes l’empêcheront d’aller jusqu’au bureau d’enregistrement (sources Burundi Périodique N°3 - Mai 1992 -).


Le 28 Novembre 1966, Micombero fait déployer les chars dans la capitale et proclame l’état d’urgence. Ntare V (en visite à Kinshasa) demande des explications à son Premier Ministre. Pour toute réponse, il apprend qu’il a été déposé et la monarchie abolie. Ntare a juste le temps de prendre un avion pour Munich avant la prise de son palais.

Le Premier ministre Michel Micombero

Deux jours auparavant ce putsch, le Roi et son Premier Ministre dînaient ensemble et même nageaient dans la piscine du Palais. Micombero, qui il y’a cinq mois encore lors de l’intronisation du jeune Mwami, avait pourtant donné des gages de sa fidélité au royaume.

Pour les Hutus, rien ne change avec le coup d’état. Micombero est un Tutsi- Hima et il n’entend pas partager le pouvoir non plus. D’ailleurs, L’UPRONA (Union pour le progrès national, parti royaliste du Prince Rwagasore) dans sa majorité s’est rallié à la République. Il reste pourtant encore des partisans de la monarchie. Tout n’est pas joué et le Mwami sait que ce coup d’état est encore peu populaire et de facto s’attend à être rappelé rapidement.

Tentative de retour du Mwami

Le Roi Ntare V

Le temps passe et depuis son exil belge Charles Ndizeye Ntare V désespère de revenir au Burundi. Micombero s’emploie à fortifier son régime. En Septembre 1969, une tentative de coup d’état pro Hutu échoue. La répression par les Jeunesses (devenues) Révolutionnaires Rwagasore (JRR) est féroce. Le gouvernement fait arrêter ou exécuter des centaines de Hutus et des ministres comme Barnabé Kanyaruguru, ministre du plan et de l’économie , Jean-Chrysostome Bandyambona (exécuté en 1972), ancien ministre des affaires sociales dans le premier gouvernement de Micombero, Cyprien Henehene, ancien ministre de la Santé (qui meurt sous la torture) et l’ancien Premier Ministre Joseph Cimpaye devenu directeur de la Sabena à Bujumbura (exécuté en 1972)…. Un total de 500 Hutus seront recensés comme morts. Les Hutus commencent alors à regretter le monarque exilé qui faisait preuve de plus de clémences à leur égard. Et peu d’espoir que la République Hutu du Rwanda intervienne au Burundi.

Le Mwami décide d’organiser la résistance armée avec ses partisans, reçoit à plusieurs reprises le Ministre des Affaires Etrangères du Burundi à Bruxelles. Il débarque le 18 Mars 1972 à Kampala par un vol depuis Bruxelles via Nairobi. Il est reçu avec les honneurs dus à son titre par le Président Ougandais Idi Amin Dada qui le loge au Kampala International Hotel. Avec lui, des leaders royalistes comme Emmanuel Biha (fils du Premier Ministre Tutsi Léopold Biha) ou Matthias Hitimana, des membres de sa famille comme le Prince André Ndagijimana (cousin de Rwagasore). Tous espèrent que le Président Ougandais va supporter militairement le mouvement royaliste qui a bien du mal à accumuler les victoires faces aux troupes gouvernementales. D’ailleurs tout porte à le croire. Idi Amin Dada est prévenant avec le Roi et sa suite mais joue double jeu. Prévenu du retour du Mwami aux frontières Burundi, Micombero a dépêché auprès du Président ougandais des membres de ses services secrets et son chef de la diplomatie, le 21 Mars.

Charles Ntare du Burundi

Curieusement lors du dîner avec le Roi, Idi Amin Dada se met jouer faussement les médiateurs et propose une collaboration étroite entre le Roi et son ex Premier Ministre afin de mettre au fin au conflit naissant. En parallèle, le Ministre des Affaires Etrangères du Burundi Athememon Simbananiye négocie avec Idi Amin pour que celui-ci lui donne le Roi, qui sans le savoir est désormais un prisonnier sans nom. En échange de la reconnaissance du nouveau pouvoir par l’Ouganda, Micombero envoyait quelques valises d’argent à l’attention du bienveillant Idi.

Idi Amin demande le 29 Mars au Prince Ndagijimana de faire les valises du Roi et de les mener au DC3 qui fait vol vers Entebbe, nouveau lieu de repos du Roi. Le Prince sera emmené par une voiture militaire, on ne le reverra jamais. Il sera exécuté 24 heures après par les services secrets ougandais ( ?).

Le Président Ougandais annonce donc au Mwami qu’il est transféré vers un lieu plus proche du Burundi, afin qu’il puisse visiter sa mère. Ntare refuse. Un temps calme, Amin Dada finit par lui intimer l’ordre à lui et Biha de monter dans l’hélicoptère qu’il a affecté au souverain pour cette visite. De mauvaise grâce, le Mwami monte. Mais l’hélicoptère après 3 heures de vol atterrit sur l’aéroport de Bujumbura à la grande surprise du Roy. En quelques secondes, il a compris. Trahisons, complots ont eu raison des rêves de restauration du Mwami.

Le 28 Avril 1972, le conseil des ministres n’arrive pas à se mettre d’accord sur le sort à réserver au souverain. Micombero limogera son gouvernement. Le lendemain, la radio officielle du Burundi annonce que le Roi en tentant de fuir de son lieu de détention pour rejoindre ses partisans massés aux abords du Palais Royal a été abattu. Un communiqué repris par tous les journaux du pays et des Grands Lacs. En fait la vérité est tout autre.

Assassinat du Mwami Ntare V

le dernier Roi du Burundi

Il est 22 heures 45 lorsqu’un commando armé fait irruption dans les dépendances du Palais de l’ancien Mwami Mwambusta IV à Bwoga. Il a été placé ici depuis 30 jours pour plaire aux instances internationales afin d’éviter aussi une intervention de l’Organisation des Nations Unies.

Le Lieutenant Nyabenda Charles qui dirige l’unité militaire, aidé de membres des milices Jeunesses Révolutionnaires Rwagasore, réveille le souverain endormi dans une chambre de 3m sur 2 et lui intime l’ordre de le suivre immédiatement. Ntare V demande la raison de ce déménagement impromptu mais (menaçant) le Lieutenant pour seule réponse, le pousse hors du palais et le fait ligoter sous le drapeau national.. Toujours interrogatif, Ntare demande à ses geôliers si le Président Micombero va le recevoir !? Mais les réponses restent évasives, narquoises.

Le jeune Mwami hurle de terreur lorsqu’il s’aperçoit qu’un peloton d’exécution l’a escorté et implore la clémence de ses bourreaux. Un seul claquement de doigt et ce sont 3 baïonnettes qui traversent son corps. Le Roi s’effondre mais ne meurt pas ; il agonise durant 20 minutes avant d’être achevé au pistolet. Le Capitaine Onésime Ntabiraho qui a tiré les derniers coups de feu, lui tire encore 3 balles de révolver en forme d’étoiles sur le front du souverain assassiné ; son grade en forme de signature. Il est 23 heures 15. La monarchie a cessé de vivre au Burundi (Sources : Radio Publique Africaine)

Quelques combats ont bien éclaté à la frontière zaïro- Burundi mais, là aussi les informations sont difficiles à vérifier On parla vaguement d’attaques d’insurgés congolais Mulelistes, de partisans du Roi…

Le Prince François Habarugira Kikoro (descendant du Mwami Mwezi IV) sera également assassiné au cours de cette nuit tragique.

Enquête sur la disparition du Roi

Dans le cadre du cinquantième anniversaire de son indépendance et de la réconciliation nationale, le gouvernement burundais décide de mandater le 8 mars 2012 l’équipe du Professeur Jean Jacques Cassiman afin que celui puisse identifier le corps du souverain. Généticien et expert dans l’analyse ADN à l’Université Catholique de Louvain, le Professeur s’est fait connaître après avoir résolu le mystère Louis XVII.

Arrivée le 1er avril dernier et composée de 7 personnes, l’équipe du Professeur a été immédiatement reçue par le Premier Vice Président de la République, Thérence Sinuguruza tandis qu’une deuxième équipe composée de membre de la police fédérale belge conjointement avec la police nationale du Burundi se dirigeaient vers le site d’Itankoma près de Gitega, lieu supposé de la mort du Roi. Enfin, une troisième équipe (en Belgique) devra prendre des échantillons d’ADN sur la Princesse Rose Paula Iribagiza Mwambusta, prétendante au trône et sur la mère du défunt Mwami, la Reine Barampaye (décédée le 11 février 2007) afin de les analyser. Dans un discours le jour même de l’arrivée de l’équipe belge, le Ministre des Sport, de la Jeunesse et de la Culture Jean Jacques Nyenimigabo, déclare : « Le Roi Ntare V est un roi que nous respectons et qui doit être enterré dignement (..) c’est que pour nos puissions connaître l’histoire sans vengeance … » ajoutant que «l’opération rentre aussi dans le cadre des mécanisme de la justice traditionnelle où la vérité doit être dite sur tout ce qui s’est passé dans l’histoire du pays depuis l’indépendance du Burundi jusqu’en 2008. »

L'équipe du Professeur Cassiman

L’équipe du Professeur Jean Jacques Cassiman va se heurter très vite à plusieurs difficultés. Absence de documents écrits (autres que ceux de l’enquête établie par Radio Publique Africaine), témoignage oculaires incertains, et limite de temps des recherches. 15 ouvriers vont se relayer dans un espace de recherche clôturé de 12 mètres sur 12. Les premiers corps retrouvés laissent naître de grands espoirs mais qui vont vite retomber aussi vite. Les squelettes trouvés proviennent d’un cimetière qui juxtapose le champ de recherche. Certaines sources affirment également que le corps du dernier monarque a été déplacé à plusieurs reprises. Une semaine plus tard, force est de constater que la mission belge est un échec. Ce que récuse le Ministre Jacques Nyenimigabo qui affirment que la police du Burundi formé par des experts belges va continuer à rechercher le souverain disparu. Revenue en Belgique le 12 avril 2012, l’équipe du Professeur Cassiman n’aura donc pas résolu le mystère de la disparition du corps du Mwami.

La Princesse Esther Kamatari , Présidente du mouvement Abahuza, a quant à elle émis une protestation officielle via une lettre publique datée du 29 avril 2012 où elle dénonce ce qu'elle appelle ni plus ni moins qu'une "récupération politique de la part du gouvernement burundais actuel".

Liens externes

  • [1] : Site consacré à la monarchie du Burundi (Fr.)
  • [2] : Site d’information consacré au Burundi (fr.)
  • [3] : Site sur l'assassinat du Roi (Fr.)
  • [4]: Article de la Libre Belgique sur l'enquête ordonnée pour retrouver les restes du souverain (15/11/2011)
  • [5]: Information sur les travaux de l'équipe du Pr. Cassiman (Fr.)
  • [6]: Travaux d'exhumation du Roi Ntare V (Fr.)
  • [7] : Les grandes dates de l'Histoire des Barundi, et du Royaume de l'Urundi (Fr.)
  • [8]: Page Facebook de la Princesse Kamatari
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